The Fragrance Foundation France

Opium d’Yves Saint Laurent

OPIUM

YVES SAINT LAURENT

1977

JEAN LOUIS SIEUZAC

« Un parfum pour une impératrice de Chine », avait demandé Yves Saint Laurent, qui souhaitait compléter sa collection haute couture, inspirée des fastes de la Chine impériale, alors que le pays venait de perdre son leader historique, Mao. Saint Laurent voulait un jus démonstratif, provocant, à l’image des richesses de l’Orient dont il avait retaillé dans les soieries et les brocarts les tenues des concubines de son défilé. Avec Opium, jamais Pierre Bergé, le mentor du couturier, n’avait eu aussi raison en disant que « Si Chanel avait donné aux femmes la liberté, Yves leur avait donné le pouvoir. »

En parfumerie, en 1977, Opium incarnera ce pouvoir. Les femmes adopteront immédiatement cet oriental à l’exhibitionnisme olfactif, d’emblée luxuriant. Pimenté de notes poivrées à la fraîcheur vive, soutenu de fruits (mandarine et bergamote) et d’aldéhydes, laissant place ensuite à un sillage à la persistance exceptionnelle avec une  concentration de matières premières allant jusqu’à 26% dans le parfum, Opium est aussi marquant que le passage d’une impératrice de défilé.

Ce sont ces accords de fond de patchouli, de myrrhe rouge et d’ambre, à la manière de Youth Dew, d’Estée Lauder, qui feront d’Opium un paradis artificiel vanillé et un succès envoûtant en France. S’ensuit une rupture de stock, après une soirée des plus fastes et un accueil mitigé aux Etats-Unis, pas encore tout à fait remis du code Hays et de sa censure puritaine. Composé par Jean-Louis Sieuzac qui, à l’époque, avait anticipé le désir féminin – « Après cette grande tendance de parfum fleuri, les femmes attendaient davantage de sensualité » Opium révolutionna le lancement des parfums avec une campagne hautement subversive où le top Jerry Hall susurrait  : « pour les femmes qui s’adonnent à Yves Saint Laurent. »

Revenu d’un voyage en Extrême-Orient avec un désir obsessionnel d’évasion, le couturier n’avait pas non plus négligé les accessoires, en demandant au designer Pierre Dinand un flacon inspiré d’un inrô, ce petit boîtier que les samouraïs portaient à la ceinture pour conserver leurs herbes médicinales et leur tabac, ou leurs boulettes d’opium. Evidemment.