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Rencontre avec Céline Verleure, la créatrice d’Olfactive Studio

Passionnée de photographie et de voyages, Céline Verleure a lancé Olfactive Studio en 2011. Elle nous parle de sa vision du parfum et de ses nouveaux projets créatifs.

Céline Verleure

Pouvez-vous nous parler de votre première rencontre avec le parfum ?

J’ai beaucoup de souvenirs d’odeurs d’enfance car j’ai grandi à la campagne dans la vallée de la Loire près de Chambord. Des senteurs de figuier, de foin, d’herbe coupée… Mais j’ai rencontré les parfums assez tard lorsque j’ai reçu Anaïs Anaïs de Cacharel en cadeau pour mes 15 ans, puis quand j’ai choisi Coco de Chanel à 17 ans.

Dans la vie de tous les jours, quelles odeurs vous font-elles vibrer ? Y a-t-il à l’inverse des odeurs que vous aimez moins ou pas ?

Les épices me font vibrer et j’en mets toujours plus dans ma cuisine : j’adore la cardamome, le cumin, la coriandre… J’aime moins la lavande et la fleur d’oranger quand elles sont trop présentes, mais je me suis surprise à aimer certaines compositions qui en contenaient.

Olfactive Studio est une marque de parfums inspirée par la photographie. Comment s’effectue le processus créatif des parfums que vous lancez ?

Je choisis d’abord un nom qui va donner la direction artistique du parfum, par exemple : Chambre Noire ou Lumière Blanche. Je choisis ensuite une photo artistique contemporaine parmi celles que j’ai sélectionnées dans mes visites d’expositions de photographie. Je contacte alors un parfumeur en fonction du style du projet et de la photo. Nous créons le parfum à 6 mains avec le photographe, le parfumeur et moi-même, en nous inspirant des émotions dégagées par la photographie choisie.

Votre marque est-elle davantage vendue en France ou à l’international ? 

Olfactive Studio est vendu majoritairement à l’international, en particulier dans les parfumeries qui vendent à la fois des parfums de niche et des parfums dits sélectifs. L’Allemagne, la Russie, les USA et l’Asie sont nos principaux marchés. En France, nous sommes vendus dans des parfumeries de niche comme Jovoy (qui est notre premier point de vente ouvert en 2011), mais aussi Marie-Antoinette dans le Marais et Qu’importe le Flacon à Montpellier…

Les best-sellers sont-ils les mêmes partout ?

Nos best-sellers sont Flash Back, un accord vétiver-rhubarbe, et Still Life, un cocktail rhum-yuzu, dans presque tous les pays, sauf en France qui préfère Autoportrait, un parfum autour du cèdre et du vétiver et Lumière Blanche, un accord santal-iris. Au Moyen-Orient et en Russie, les fragrances qui plaisent le plus sont Chambre Noire, une composition autour du cuir et du patchouli, et Ombre Indigo, un parfum fumé / tubéreuse.

Comment se positionne la collection Sepia parmi vos autres créations ?

La collection Sepia est notre ligne de haute parfumerie, des extraits de parfum à haute concentration, alors que la collection Noire est composée d’eaux de parfum. Le flacon se gaine d’un cuir italien surpiqué comme un étui d’appareil photographique. Les prix sont plus élevés mais nous proposons à partir de septembre un format 15 ml en plus des 100 ml. La collection Sepia comprend six extraits de parfum. Leather Shot, Chypre Shot et Vanilla Shot, lancés fin 2018, ont été composés par le parfumeur Bertrand Duchaufour qui s’est inspiré de trois photos du photographe Martin Hill. Cet automne, la collection s’enrichit de trois nouvelles créations, Rose Shot, Iris Shot et Violet Shot, créées par le parfumeur Dominique Ropion qui s’est inspiré de trois photos du photographe Roberto Greco.

Le travail créatif est-il différent de vos autres parfums ?

Dans la collection Sepia, chaque extrait joue une matière première – ou un accord, comme Chypre – en note majeure et l’exprime clairement. Le shot évoque l’univers photographique mais aussi gustatif ! Les trilogies permettent de travailler plus en profondeur avec l’équipe artistique, de proposer plusieurs facettes créatives d’un même parfumeur et d’un même photographe. Cela prolonge le plaisir de créer ensemble.

Un certain nombre de créateurs de parfums de niche lancent une deuxième marque. Qu’en pensez-vous ? Etes-vous tentée par cette initiative ?

Ce n’est pas mon choix, même si certains distributeurs me l’ont déjà demandé. Je crois en la puissance d’Olfactive Studio, et j’ai plein d’idées pour développer la marque encore, plutôt que de me disperser. Mais je respecte et admire ceux qui ont l’audace de lancer plusieurs marques, comme Corps Volatils, nouvelle marque de Nicolas Chabot (Le Galion), ou Chapel Factory, nouvel opus d’Anaïs Biguine (Jardins d’Ecrivains).

Quelles tendances voyez-vous pour les parfums demain ?

Je constate que cette pandémie ne nous a pas détournés du plaisir de nous parfumer ; le parfum est peut-être même devenu un refuge, un cocon d’émotions rassurantes. Je ne sais pas si cette crise va changer les tendances olfactives, c’est un peu trop tôt pour le dire. D’un point de vue économique, le e-commerce est devenu majeur dans la distribution de parfums et cette tendance s’est accentuée pendant et depuis la fin du confinement. Les clients prennent l’habitude de commander un échantillon ou un kit d’échantillons, sans doute après avoir lu un article de blog, vu un post Instagram ou une vidéo sur YouTube. De mon côté, cet exil forcé de quelques mois dans la nature (j’ai eu beaucoup de chance de vivre cette période sur la côte Atlantique) m’a donné envie d’imaginer plus de parfums et de créations parfumées. Cela a renforcé encore mes intuitions, ma persévérance et… mon optimisme forcené. Vive le parfum !

https://www.olfactivestudio.com/