Lectures estivales

Par Isabelle Sadoux

Prendre le temps de lire, de sentir et de ressentir, par la lecture : c’est ce que ces quatre ouvrages vous proposent pour une pause estivale et olfactive. Des forêts, des villes, des histoires, des rencontres et des expériences jalonnent ces livres qui ont tous comme héros notre odorat. Bonne lecture.

« Parfum des Forêts » de Dominique Roques

Lire le dernier livre de Dominique Roques, « Le parfum des forêts », c’est entamer un voyage sensoriel d’un continent à l’autre, à la rencontre d’arbres innombrables qui semblent ici livrer leurs secrets. Au rythme de ses voyages et rencontres, leur destin est raconté par l’auteur, coupeur de bois, sourceur de parfums.

Du Liban au Pacifique, de la Bulgarie à Bornéo, de la Californie au Guatemala, face au cèdre, au séquoia, ou au gaïac, le sourceur d’essences écrit : « des forêts, j’ai appris à sentir et à aimer le parfum ». Il nous les fait sentir par des mots bien posés et nous ouvre sa mémoire olfactive remplie de senteurs boisées. Tombé dans la sciure étant petit – son père était bûcheron, premier importateur des scies électriques américaines – le bois et ses nuances ont bercé sa jeunesse et écrit sa vocation. Des copeaux aux parfums, le chemin se raconte ici avec passion et émotion.

Au rythme des hommes et des femmes rencontrés, des métiers évoqués – bûcheron, charbonnier, scieur, distillateur, planteur, botaniste, etc – et des paysages dessinés, il nous entraîne dans les forêts de la planète et nous rende encore plus sensibles à leur cause pour les défendre, les « sacraliser » aussi.

Parfois avec quelques touches de poésie à relire Lamartine et son Choeur des cèdres du Liban ou Jean Giono et L’Homme qui plantait des arbres. Conforme au style de l’auteur qui avec Cueilleur d’essence avait déjà affiché son talent de conteur.

« Montpellier, capitale ancestrale du parfum » par Arthur Dupuy et Caroline Redon Jauffret

On l’a oublié, mais bien avant Grasse, Montpellier a été la capitale du parfum. La garrigue, véritable réservoir aromatique, regorgeait de senteurs. Dans les opulents Comptoirs de Méditerranée circulaient des épices venues du monde entier. La prestigieuse École universitaire de Médecine rayonnait dans toute l’Europe, le Jardin des Plantes initié par Henri IV, sont autant  d’ingrédients qui vont permettre aux apothicaires d’élaborer les premières compositions parfumées. Dès le Moyen-Age, les épiciers-apothicaires commencent à fabriquer des remèdes et des élixirs.

Arnaud de Villeneuve, chimiste et érudit développe la distillation de l’alcool et des eaux florales. Puis vînt le temps de l’Université de Médecine et du Jardin des Plantes, la création de l’Eau de la Reine de Hongrie et de la fameuse Thériaque de Montpellier. Au XVIIème siècle, on comptait une centaine de parfumeurs à Montpellier. 

Au XVIIIème, le Montpelliérain Jean-Louis Fargeon devient même le préféré de Marie-Antoinette

Des dynasties de parfumeurs voient ainsi le jour dans la cité et certaines deviendront même les fournisseurs attitrés des cours royales.

Ce livre retrace ce destin méconnu de la capitale ancestrale du parfum et nous embarque dans les coulisses des ateliers d’autrefois où senteurs locales et épices d’ailleurs inspiraient formules thérapeutiques

On y (re)découvre l ‘histoire de la naissance du premier parfum occidental connu à base d’alcool, L’Eau de la Reine de Hongrie à base de romarin tiré des alambics locaux. On va à la rencontre de la dynastie des parfumeurs montpellierains en évoquant au passage le succès de l’eau de cologne.

Une plongée dans un pan de l’histoire de la parfumerie à lire au fil de l’été.

« Les Parfumeurs : dans l’intimité de grands créateurs de parfum »

Cet ouvrage paru en 2018 ne vieillit pas. Les portraits des parfumeurs qui y sont brossés nous invitent dans les coulisses de la parfumerie. 10 parfumeurs (dont 3 femmes) se livrent avec entrain.

L’un d’entre eux ayant dit « A l’origine d’un grand parfum se trouve toujours une grande idée. Ce sont les idées qui ont fondé la parfumerie », l’auteur a voulu en savoir plus.

Quelle est donc cette idée qui prélude à la création d’une nouvelle fragrance ? s’interroge-t-il. 

Question bien sûr posée aux parfumeurs qui ne dévoilent ni secrets, astuces ou processus de création mais juste leur histoire, leur enfance, leurs inspirations, leur sensibilité, avec leurs mots et leurs images, de la poésie, parfois des questions, des silences… et toujours beaucoup de générosité.


Car pour livrer l’intimité de leur créativité, il faut, en tant qu’artiste, allier modestie et talent, travail et persévérance, volonté de partager et conviction de réaliser une belle œuvre. 

Extrait choisi :« La vérité, c’est peut être que la poésie réside moins dans le métier en tant que tel que dans le parfum lui-même, et notamment dans sa fugacité et son immatérialité. Doublées d’une force tout de même, et pas des moindres, celle par exemple de pouvoir incarner une personne ou un souvenir qui nous sont chers ». (p195. Olivier Polge)

« A la recherche des odeurs perdues » de Françoise-Marie Santucci

Un soir d’été, bien avant le Covid, un accident de voiture lui fait brusquement perdre l’odorat. Elle qui adorait les odeurs, elle n’imaginait pas qu’elles puissent s’évanouir ! Et pourtant, tout ce qu’elle respire semble désormais «  vide  » : l’odeur des aliments, de la nature, celle des autres, la sienne… Disparues ! La vie n’a plus de saveur. Même ses émotions et souvenirs en sont affectés.


Pour conjurer le sort, elle tient un journal de son voyage dans cet étrange univers aseptisé, tout en essayant de comprendre ce qui lui arrive, et comment fonctionne notre nez. Elle va également à la rencontre de nombreux « orfèvres  » des odeurs : parfumeurs, vignerons, médecins, chimistes ou grands chefs.


Françoise-Marie Santucci a écrit ce livre pour célébrer l’odorat, ce sens méconnu dont sont privées des dizaines de millions de personnes dans le monde – notamment à cause du Covid. 

Elle raconte son quotidien d’anosmique. Toujours passionnée par les parfums, les vins et les mets, elle décrit avec humour la perte de ses sensations olfactives et fournit une foule d’explications claires et captivantes sur le fonctionnement de notre nez.

Tout en tenant de répondre à tant de questions : savez-vous qu’il existe près de mille milliards d’odeurs différentes ? L’odorat et le goût, est-ce la même chose ? Pourquoi sent-on mieux la vanille que le basilic ? Y a-t-il des odeurs plus fortes que d’autres ? Peut-on réapprendre à sentir ? etc

Dans les coulisses de l’olfaction, ce livre invite à célébrer l’odorat, le choyer quand on l’a et l’entretenir, le stimuler quand on l’a perdu avec les odeurs et les parfums que nous avons à disposition. Pour que le nez retrouve le plaisir de sentir.

Partager cet article