Portrait de marque : Marc-André Heller : « Nos parfums portent en eux l’esprit du voyage et le goût de la liberté »

Fondée en 2007 par Clara et John Molloy, Memo Paris s’est vite imposée comme l’une des maisons emblématiques de la parfumerie de niche. Sous la direction de Marc-André Heller, nouveau CEO, la maison affirme plus que jamais son positionnement lifestyle. Son ambition et sa créativité s’inscrivent désormais dans une quête d’excellence qui n’est pas sans rappeler les grandes maisons de parfum patrimoniales.

Par Lionel Paillès 

Marc-André Heller, CEO Memo Paris ©Eric Zaragoza

MEMO PARIS A ÉTÉ CRÉÉE EN 2007. COMMENT DÉFINIRIEZ-VOUS L’ESPRIT DE LA MAISON ?

Memo est née d’un désir de voyage, mais pas forcément géographique : un voyage émotionnel, olfactif, poétique. Depuis nos débuts, nous essayons de capturer l’esprit d’un lieu, d’un souvenir ou d’une sensation à travers des matières nobles et des compositions qui racontent une histoire. Aujourd’hui, cette philosophie reste intacte, nous cherchons toujours à surprendre, mais sans jamais céder à l’effet de mode.

D’AILLEURS, D’OÙ VIENT LE NOM, “MEMO” ?

Du mot “mémoire”. Nous aimons l’idée que le parfum soit un vecteur de souvenirs. Il réveille des émotions enfouies, des fragments de vie. “Memo Paris” évoque ce lien entre mémoire et mouvement. Chaque parfum est comme une « note de voyage », une sorte de carnet olfactif qui évoque des moments, des lieux, des émotions.

LE VOYAGE EST AU CŒUR DE VOTRE UNIVERS. COMMENT PARVIENT-ON À ÉVITER LE CLICHÉ OU LA CARTE POSTALE ?

C’est une question d’authenticité. Nous ne cherchons pas à “illustrer” un pays, mais à en traduire l’émotion. Irish Leather ne sent pas littéralement l’Irlande, mais la liberté de galoper dans un paysage sauvage. Marfa ne se réduit pas au Texas, c’est une ode à la lumière, à la sensation d’immensité. Nous travaillons avec des parfumeurs qui comprennent cette approche impressionniste.

JUSTEMENT, COMMENT CHOISISSEZ-VOUS VOS PARFUMEURS ?

Nous collaborons avec des parfumeurs qui partagent notre goût pour l’aventure créative. Aliénor Massenet, qui a signé une grande partie de nos compositions, mais aussi Sophie Labbé, Juliette Karagueuzoglou, Marypierre Julien, Mylène Alran, Karine Vinchon Spehner, Philippe Paparella, Gaël Montero… Ce sont des partenaires de cœur, des esprits libres avec lesquels nous construisons des relations de confiance durables. 

À QUOI RESSEMBLE LE PROCESSUS CRÉATIF ? 

C’est un échange assez intuitif au début, autour d’un nom (celui d’un site remarquable mais méconnu, d’une ville ou d’un pays…), d’une image, ou d’un ingrédient que Clara aimerait explorer, comme on découvre un lieu. Commence alors une sorte de ping-pong créatif autour des essais, de ce qu’ils éveillent comme émotions, et on avance ainsi jusqu’à se sentir au bon endroit, littéralement.

LE MARCHÉ DU PARFUM DE NICHE A BEAUCOUP ÉVOLUÉ DEPUIS 2007. COMMENT MEMO SE DISTINGUE-T-ELLE AUJOURD’HUI ?

Par sa cohérence. Beaucoup de marques se créent et se dispersent vite. Nous restons fidèles à notre territoire, celui du voyage sensoriel. 

COMBIEN DE PARFUMS LANCEZ-VOUS CHAQUE ANNÉE ? 

Depuis la création de la maison, nous avons adopté un rythme immuable : deux lancements par an, en mars et en septembre. À cela s’ajoutent quelques éditions limitées destinées à certaines boutiques, deux ou trois fois par an, produites en environ 500 exemplaires chacune. Ce tempo nous oblige à rester justes, concentrés, fidèles à la qualité.

QUELS SONT LES BEST-SELLERS DE LA COLLECTION ? 

Trois parfums dominent nettement : OdéonMadurai et African Leather. Chacun incarne un pan essentiel de notre univers : la lumière, la couleur, la matière, le mouvement.

QUELS SONT VOS PRINCIPAUX MARCHÉS ? 

Les États-Unis arrivent en tête, suivis par l’Europe, avec une forte présence en France, au Royaume-Uni et en Suisse. Mais le Moyen-Orient, la Corée et la Chine jouent également un rôle important dans notre développement, avec un goût affirmé pour les créations singulières et émotionnelles.

QUELLE PLACE OCCUPE LE RETAIL PHYSIQUE DANS VOTRE STRATÉGIE ?

Le parfum se vit. Rien ne remplace l’expérience d’un flacon que l’on prend en main, d’une matière que l’on respire. Nos boutiques sont pensées comme des escales : des lieux où l’on peut ralentir, rêver, voyager autrement. Nous voulons offrir une parenthèse sensorielle, loin du rythme du monde. C’est la raison pour laquelle nous avons ouvert une boutique à Paris, rue Cambon, dont la rénovation est prévue en 2026, à Dubaï, et une nouvelle, en janvier prochain, à Abu Dhabi. Nous sommes présents dans 580 points de vente sélectionnés avec soin, principalement des department stores et des parfumeries indépendantes.

BEAUCOUP DE MARQUES NÉES À LA MÊME ÉPOQUE ONT SUCCOMBÉ AUX SIRÈNES DES GRANDS GROUPES. QU’EN EST-IL DE MEMO PARIS ? 

Nous restons une maison familiale et indépendante, attachée à notre histoire et à notre liberté créative. Cette indépendance a un prix : nous grandissons à notre rythme, parfois plus lentement que d’autres. C’est ce qui nous permet de rester fidèles à nous-mêmes.

QUELLE EST L’ACTUALITÉ DE LA MARQUE ? 

Nos flacons 30 ml sont présents en boutique, comme un clin d’œil à nos débuts et un retour naturel vers l’essence de notre histoire : le voyage. L’autre actualité concerne notre parfum Odéon, lancé il y a cinq ans, revisité au travers d’un flacon illustré par l’artiste Jean Jullien. 2026 verra aussi l’évolution de notre identité visuelle se confirmer, vers plus de lumière, de soleil, sur nos packagings mais aussi en boutique. 

Memo Paris et Jean Jullien s’associent pour présenter l’édition limitée du parfum Odéon, dont le flacon s’inspire d’un coucher de soleil rose sur Paris, en clin d’œil à la note de rose du parfum.

ET VOTRE PROCHAIN VOYAGE ALORS ?

Il reste à inventer. Peut-être plus intérieur encore. Le parfum a cette force d’évoquer sans montrer — il invite à se souvenir, à rêver. C’est ce que nous voulons continuer à explorer.

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