Atelier des Ors, enluminer l’invisible

Depuis 2015, dsm-firmenich et Atelier des Ors collaborent étroitement pour créer des parfums d’exception, nourris par l’art, l’artisanat et un certain art de vivre à la française. Rencontre avec le fondateur Jean-Philippe Clermont et le parfumeur Marie Salamagne, complice de la maison depuis ses débuts.

Par Lionel Paillès 

CETTE MARQUE EST NÉE D’UNE SUCCESSION DE RENCONTRES HEUREUSES. POUVEZ-VOUS NOUS RACONTER ?

Jean-Philippe Clermont : J’étais auparavant agent au Moyen-Orient, où je représentais des marques de cigares. L’aventure Atelier des Ors 

a réellement commencé en 2011, lors d’un dîner avec un designer de flacons : une conversation, une étincelle… et tout a pris forme. Peu après, j’ai rencontré Louis Lecoeur, alors responsable de la fine fragrance à Dubaï chez Firmenich, qui m’a encouragé à m’entretenir avec Marie Salamagne. L’alchimie a été immédiate. Rien n’était planifié : tout est né du dialogue, de l’écoute et d’une vraie connexion humaine. Atelier des Ors est avant tout une histoire de rencontres, de liens différents et de chemins qui se croisent pour construire autrement.

Le fondateur Jean-Philippe Clermont et le parfumeur
Marie Salamagne, dsm-firmenich. ©Benjamin Ricard
 Entre Marie Salamagne et Jean-Philippe Clermont, “ tout est né du dialogue, de l’écoute et d’une vraie connexion humaine”.
©Benjamin Ricard

POURQUOI AVOIR CHOISI CE NOM “ATELIER DES ORS” ? 

Jean-Philippe Clermont : Dans le langage poétique, “Ors” n’est pas simplement le pluriel d’or. Il évoque avant tout la lumière, une clarté chaude, solaire, presque vibrante. On pense aux couchers de soleil, à l’automne, à ces instants suspendus où le monde se couvre d’un voile doré. Mais ce mot porte aussi en lui l’idée de richesse et de splendeur : les dorures, les palais, le faste…

Marie Salamagne : Cette symbolique fait naturellement écho à la préciosité des matières premières de la maison — essences orientales, ambres, muscs, fleurs rares et nobles. Ainsi, chaque parfum dépasse la notion de produit : il devient une œuvre d’art olfactive, un trésor façonné avec exigence, savoir-faire et sensibilité artisanale.

JUSTEMENT, QUELLE EST L’IDENTITÉ OLFACTIVE DE CETTE MARQUE ? 

Jean-Philippe Clermont : Nous ne nous sommes jamais assis autour d’une table pour rédiger un manifeste olfactif, mais les distributeurs me disent souvent qu’il existe bel et bien une signature : une forme de richesse, de profondeur et d’élégance qui traverse toutes nos créations.

Marie Salamagne : La signature d’Atelier des Ors, c’est cette liberté totale dans le choix des matières premières, associée à une exigence absolue de luxe dans leur traitement. Nous aimons les parfums généreux, très “matiérés”, qui possèdent une vraie profondeur et une densité presque tactile. Rien de léger ou d’évanescent : nos créations ont du corps, de la présence, une tenue remarquable et une noblesse de composition qui les rend immédiatement reconnaissables. C’est cette richesse, cette intensité élégante et sophistiquée qui définit l’âme de la maison.

CERTAINS PARFUMS ONT-ILS MARQUÉ DES TOURNANTS DANS L’HISTOIRE DE LA MAISON ?

Rose Omeyade (2015) a posé les bases de notre identité et a profondément marqué nos premières années. Puis est venu Nuda Veritas (2018), qui s’est imposé comme notre parfum numéro un au Moyen-Orient. Enfin, Pink Me Up (2022) a changé le regard porté sur la marque : avec ce parfum qui est aujourd’hui notre plus gros succès, nous avons osé explorer de nouveaux territoires, apporter plus de légèreté et de joie, et montrer que nous pouvions aussi nous amuser dans la création. Au-delà des étapes qu’ils ont fait franchir à la maison, ces trois parfums restent aujourd’hui nos best-sellers.

POURQUOI AVOIR FAIT LE CHOIX DE CRÉER AUTANT DE COLLECTIONS ? 

C’est au hasard des créations que ces différents territoires se sont dessinés. Il existe aujourd’hui sept collections : Noire, Blanche, Riviera, Les Eaux, Frivolité, Memory Lane, Abstraction à noter que Novae Vanilla ne fait à ce jour partie d’aucune collection. Je ne suis pas certain que ce soit la solution la plus optimale sur le plan commercial, mais cela nous permet de travailler avec Marie Salamagne sous différents angles et d’enrichir notre univers créatif. Les collections ne sont pas pensées pour cibler des marchés spécifiques, mais plutôt pour explorer diverses facettes de notre identité olfactive.

VOUS PARLEZ VOLONTIERS DE “HAUTE PARFUMERIE”. POUR QUELLE RAISON ? 

Jean-Philippe Clermont : La haute parfumerie, c’est d’abord une idée du luxe au sens presque “couture”. Une maison de haute parfumerie travaille le parfum comme une œuvre aboutie : exigence extrême sur les matières premières, temps long de création, héritage culturel ou artistique, cohérence d’un style. C’est le choix que nous avons fait. Le parfum n’est pas pensé pour plaire au plus grand nombre, mais pour exprimer une vision, une écriture olfactive. Le flacon, le jus, le récit : tout est au même niveau d’exigence.

MARIE SALAMAGNE VOUS ACCOMPAGNE DEPUIS LE PREMIER JOUR. EN QUOI LE FAIT DE COLLABORER AVEC UN PARFUMEUR EXCLUSIF CONTRIBUE-T-IL À FORGER L’IDENTITÉ DE LA MARQUE ?

Jean-Philippe Clermont : Travailler avec un parfumeur exclusif permet d’assurer une véritable continuité artistique et une identité olfactive immédiatement reconnaissable. Cela crée une signature cohérente à travers toutes les collections, avec une vision créative claire et durable. Ce parfumeur connaît intimement l’ADN de la maison, ses valeurs, ses matières premières et son univers esthétique : il peut donc traduire cet esprit avec sincérité et exigence. C’est aussi un gage d’authenticité et de crédibilité : on n’est pas dans une succession de projets marketing, mais dans une démarche d’auteur, où chaque fragrance s’inscrit dans une histoire globale tout en maintenant un niveau d’excellence constant.

CE PARTENARIAT EXCLUSIF AVEC DSM-FIRMENICH VOUS DONNE-T-IL UNE SORTE D’AVANCE CRÉATIVE ? 

Jean-Philippe Clermont : Sans aucun doute ! Nous bénéficions d’ingrédients issus de l’innovation, comme pour la collection “Frivolité”, imaginée pendant la pandémie. Cette période de confinement, qui nous a privés de sociabilité, m’a donné envie de créer une gamme inspirée par l’esprit de fête. Deux innovations olfactives ont alors été développées sur mesure grâce à la technique du NaturePrint® : Pink Me Up capture ainsi l’effervescence du champagne, tandis que Noir by Night révèle une note de caviar, sensuelle et suave. 

Pink Me Up & Noir by Night, sublimés par des innovations NaturePrint®. ©Benjamin Ricard

OÙ EST PRÉSENTE CETTE MARQUE AUJOURD’HUI ? 

Jean-Philippe Clermont : Nous sommes aujourd’hui présents dans une soixantaine de pays, exclusivement au sein d’un réseau sélectif de belles parfumeries indépendantes, de boutiques de niche et de grands Department Stores tels que Harrods, Harvey Nichols, Bloomingdale’s, Bergdorf Goodman ou encore Liberty. Nous tenons à préserver cette dimension d’exclusivité, en privilégiant la vente accompagnée et en accordant une grande importance à la formation, afin que nos valeurs et l’histoire de nos fragrances soient transmises avec justesse aux conseillers et, à travers eux, aux consommateurs. Avec nos partenaires, nous partageons la même ambition : construire durablement, sublimer la parfumerie d’exception et célébrer la beauté des matières.

EST-CE UN HASARD SI L’AVENTURE ATELIER DES ORS A COMMENCÉ AVEC LA VANILLE ET FÊTE SES DIX ANS AVEC UNE NOUVELLE INTERPRÉTATION DE LA VANILLE ?  

Marie Salamagne : L’aventure avait commencé avec l’idée d’une gousse de vanille sombre, aux accents boisés, cuirés et fumés — Lune Féline. Dix ans plus tard, elle se poursuit avec une gousse solaire, lumineuse et crémeuse qui a donné Novae Vanilla

Jean-Philippe Clermont : Comme un cycle qui s’achève et s’accomplit, la boucle est bouclée.

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