Le mimosa, l’or jaune de la parfumerie

Fleur emblématique des floraux, le mimosa et ses pompons emblématiques se réinventent aujourd’hui dans des compositions olfactives plus épurées, entre émotion, rareté et modernité.

Par Virginie Rousset.

Fleur solaire au cœur de l’hiver, le mimosa est l’un des grands marqueurs de la parfumerie florale. Longtemps pilier des compositions classiques, il a vu son usage évoluer, jusqu’à devenir aujourd’hui une signature recherchée de la parfumerie de niche. Une fleur immédiatement reconnaissable, à la fois émotionnelle et techniquement exigeante.

Le mimosa qui pousse à Grasse est l’un des plus chers mais des plus recommandés pour la parfumerie car très odorant. Crédits : Grégoire Mahler.
« Le mimosa évoque l’abeille qui se roule dans le pollen, une fleur joyeuse, colorée avec sa couleur et ses pompons si emblématiques » : Juliette Karagueuzoglou, VP Parfumeur IFF. Crédits : Grégoire Mahler.

Le mimosa : une signature florale emblématique

Dans la palette du parfumeur, le mimosa est d’abord un outil de construction florale : « Le mimosa fait partie des grands marqueurs de la parfumerie. Il est très utilisé pour soutenir les notes florales », explique Juliette Karagueuzoglou, VP Parfumeur IFF. Moins animal, moins épicé que d’autres fleurs jaunes, le mimosa se distingue par « une facette miellée, poudrée, légèrement amandée, parfois traversée d’un souffle aqueux évoquant le concombre » explique Juliette Karagueuzoglou. Dans les années 1990, il s’impose dans des floraux opulents devenus iconiques comme Champs-Élysées de Guerlain ou Amarige de Givenchy où le mimosa participe à une féminité éclatante et enveloppante.

Le mimosa : une fleur qui a changé de rôle

Avec le temps, l’usage du mimosa a évolué : « Il a shifté. On le retrouve moins dans les bouquets floraux, mais davantage dans les soliflores », observe Juliette Karagueuzoglou. Aujourd’hui, les parfumeurs privilégient une écriture plus épurée, mettant en avant son côté transparent, presque aérien. « On utilise davantage son aspect clair, lumineux, moins dense », précise-t-elle. Cette évolution accompagne un changement de perception : le mimosa n’est plus seulement un soutien, mais un sujet olfactif à part entière, à l’image de l’iris. « C’est une fleur très évocatrice, parfaite pour la niche ». Ainsi, on le retrouve dans Un Air d’Apogée et un Air d’Apogée l’extrait de Maison Violet, réalisé par Nathalie Lorson (dsm-firmenich). « Je tenais au mimosa pour son côté fusant, très vert, sa facette un peu concombre. Et cela matche bien avec le cuir », explique aussi Victorien Sirot, co-fondateur de Maison Violet. Parmi les exemples plus anciens, on retient Mimosa pour moi de l’Artisan Parfumeur, Mimosa et Cardamome de Jo Malone, ou encore Une Fleur de Cassie des Éditions de Parfums Frédéric Malle, réalisé par Dominique Ropion (IFF).

Une Fleur de Cassie de Dominique Ropion, pour Éditions Frédéric Malle. Crédit DR.
Un air d’apogée Extrait de Maison Violet, une des expressions les plus récentes de mimosa en parfumerie de niche. Crédit dr.

Le mimosa : une fleur de souvenir et de sensation

Le mimosa est aussi profondément régressif. « Tout le monde connaît la fleur. Elle est hyper forte, chaleureuse », sourit Juliette Karagueuzoglou. Elle évoque « l’abeille qui se roule dans le pollen », mais aussi l’impact immédiat de sa forme et de sa couleur jaune vif, associées à la joie et au sourire. « La couleur et la forme ont un impact direct sur le cerveau ». Fleur d’hiver, rare et saisonnière, le mimosa reste attaché à une forme de rituel. « Le bouquet d’anniversaire traditionnel pour les natifs de janvier-février, c’est le mimosa. C’est précieux, c’est rare » complète Juliette. Un symbole de beauté et de luxe discret, qui n’a pas encore totalement réintégré la parfumerie de prestige, mais s’épanouit pleinement dans la niche.

Mimosa & Cardamome de Jo Malone. Le mimosa règne sur la niche. Crédit DR.
Le mimosa, une fleur colorée, régressive que tout le monde connaît. Crédits Grégoire Mahler

Le mimosa : une matière première exigeante

Originaire d’Australie, le mimosa a été introduit dans le sud de la France à partir du 19ème siècle. Sur les 1 200 espèces de mimosas existant dans le monde (il en pousse aussi en Inde et au Maroc), la Provence en compte une trentaine comme l’explique la famille Reynaud, mimosiste de Tanneron, dont la récolte est exclusive à dsm-firmenich. Si le gros de la production de mimosa « Gaulois et Mirandol qui n’ont quasiment pas d’odeur » est réservé aux fleuristes, le mimosa sauvage, ou Acacia Dealbata, très odorant, est réservé pour la parfumerie. Derrière son image douce, le mimosa est une fleur complexe à produire. « C’est une fleur chère », rappelle Juliette Karagueuzoglou. Environ 3 600 euros le kilo (en France), avec un rendement faible : seulement 25 % de concrète, car l’extraction est délicate. Christophe Sireyjol, responsable des opérations ingrédients naturels chez IFF/LMR , précise : « La récolte a lieu une fois par an, principalement en février, mais avec le changement climatique, elle commence de plus en plus tôt et peut durer jusqu’à six semaines ». La production est concentrée en Inde, au Maroc et en France, cette dernière étant la plus coûteuse. « Le mimosa français est beaucoup plus cher, mais aussi plus qualitatif pour la parfumerie » explique-t-il.

Une fois récolté, aéré et séché, le mimosa doit être rapidement traité à l’usine de production pour une extraction dans les 24h à 48h. Crédits : Grégoire Mahler

Le mimosa : une course contre le climat et le temps

La culture du mimosa dépend fortement des conditions météorologiques. « Il faut de la pluie à l’automne pour que la fleur se développe, puis du soleil en février pour la récolte », explique Christophe Sireyjol. Mais attention : « Il ne faut surtout pas qu’il pleuve sur les fleurs. La pluie les lave, les fait faner et diminue la puissance olfactive ». Une fois cueillies, les fleurs entrent dans une véritable course contre la montre. « Il faut extraire le plus vite possible, dans les 24 à 48 heures ». Elles sont égouttées, aérées, stockées à proximité immédiate des zones de cueillette, puis envoyées à l’usine pour l’extraction. « On peut traiter jusqu’à dix tonnes par jour, il faut aller très vite ». L’extraction se fait exclusivement par solvant volatil, donnant une concrète puis un absolu. Pas d’huile essentielle possible.

Un outil de fond au potentiel moderne

Aujourd’hui, le mimosa est perçu comme un outil précieux pour le fond. « C’est parfait pour apporter un éclat vert, frais », souligne Juliette, qui apprécie aussi « son côté légèrement salé, qui change de l’image poudrée classique ». Facile à conserver car fleur d’hiver, encore peu travaillée en synthèse, le mimosa suscite un regain d’intérêt. Certaines maisons de composition comme IFF réfléchissent même à en replanter. « Si l’intérêt se confirme, la filière pourrait se redévelopper », note Christophe. Entre artisanat, émotion et technicité, le mimosa poursuit ainsi sa trajectoire singulière : une fleur de saison courte, mais à l’empreinte durable dans l’imaginaire olfactif.

Le mimosa est la star de la nouvelle ligne corps Mimosa Verveine de l’Occitane. Crédits DR.
Partager cet article