Nez à nez avec Sylvie Polette, co-fondatrice de la marque TiL

Tombée avec bonheur dans la parfumerie à l’âge de 23 ans, Sylvie Polette a contribué à la création de parfums qui ont durablement marqué le paysage de la parfumerie, notamment avec le créateur Jean-Paul Gaultier. Le fil rouge de son parcours ? La recherche du langage commun entre le marketing et les créateurs, notamment les parfumeurs. Il y a quatre ans, Sylvie s’est lancée dans une nouvelle aventure avec ses deux sœurs en créant TiL, une marque de soin et de beauté autour du tilleul.

Sylvie, votre marque TiL est une histoire de famille et une histoire d’amour pour votre terre d’enfance en Dordogne. Quel a été votre déclic pour la lancer ?

J’étais arrivée à un moment de mon parcours où l’on regarde ce que l’on a accompli, et où l’on se demande ce que l’on veut faire par la suite. Ma sœur Odile, qui a longtemps travaillé dans les cosmétiques, se posait les mêmes questions que moi.

Nous sommes trois sœurs. À la mort de notre père il y a 30 ans, nous avons hérité de la maison familiale en Dordogne. C’est le cœur battant de la fratrie ; elle se trouve au centre d’un parc naturel régional, et plus de 100 tilleuls plantés au XIXè siècle sont présents sur le domaine. Nous sommes très soudées, avec des parcours complémentaires. Alors nous nous sommes demandé : « Et si on travaillait ensemble ? »

Nous étions au cœur de ce domaine, avec tous ces tilleuls, où nos amis nous disaient : « On se sent bien ici, on dort mieux, on se ressource… ». Nous connaissions depuis toujours les bienfaits apaisants du tilleul, mais hormis la tisane et la gelée que notre grand-mère nous préparait, nous ne savions pas grand-chose de l’arbre.

Nous avons fait de nombreuses recherches et avons découvert que le tilleul était une plante médicinale inscrite à la pharmacopée, grâce à ses vertus détoxifiantes, dépuratives sur le foie et les reins, et antispasmodiques. Le tilleul réunissait déjà des bienfaits sur le psychisme et sur le corps, et il sentait extraordinairement bon… Si en plus il avait des vertus cosmétiques, ce serait fabuleux !

Comment avez-vous réussi à faire du tilleul le cœur de votre marque ?

Greentech, fournisseur d’actifs et expert en biotechnologie végétale, est venu faire une cueillette de tilleul dans le domaine. Toutes les parties de l’arbre ont été analysées, car toutes sont actives : fleurs, feuilles, bourgeons et rameaux. La richesse des propriétés hydratantes, apaisantes et anti-oxydantes du tilleul ont été révélées grâce à ces analyses.

Nous avions les tilleuls. C’était notre métier. C’était chez nous… Avec mes sœurs, nous nous sommes dit qu’avec un tel alignement de planètes, si nous ne créions pas notre marque de soin et bien-être, c’est que nous n’avions rien compris ! Nous nous sommes lancées il y a quatre ans, et nous avons développé notre propre actif, issu de nos arbres, le Tiliactiv4®. Nous avons eu la chance d’être accompagnées dès le début par deux anges gardiens : Lionel de Benetti, ancien patron de la R&D de Clarins pendant plus de 30 ans et notre conseiller scientifique, et le parfumeur Francis Kurkdjian, qui a enveloppé nos formules d’une sensorialité extraordinaire, pour qu’olfactif et galénique se marient au mieux.

Quels sont les éléments fondateurs de TiL, qui revendique une démarche de création éco-responsable ?

Ce qui a guidé notre démarche, depuis le début, c’est l’arbre. Le tilleul est l’arbre holistique par essence, il fait du bien à tout l’organisme : peau, corps, esprit. Pline l’Ancien l’appelait d’ailleurs « l’arbre médecin ». Ainsi, la pierre fondatrice de TiL, c’est le respect de nos arbres (qui n’ont jamais vu un pesticide en 150 ans de vie), et l’exploration de toutes leurs parties.

Ensuite, notre angle principal de développement de marque, c’est le local. Travailler au maximum au sein de l’écosystème local en Dordogne et en Nouvelle-Aquitaine. Nous souhaitons faire rayonner notre région, qui est porteuse d’un art de vivre extraordinaire.  Dans l’optique de la croissance de notre marque, en prévision du jour où nous aurons besoin de davantage de tilleuls, nous avons commencé à contacter les villages autour de chez nous, et qui eux aussi ont de très beaux arbres de qualité identique.

À chaque étape de notre développement, nous avons voulu faire les choix les plus éco-responsables possibles, dans le respect du positionnement de la marque : nos formules cosmétiques sont naturelles (de 96 à 99%) et ultra-douces, les pots sont en verre et en bakélite, les flacons du gel douche et du lait corps en plastique recyclable, le carton de nos étuis issu de forêts FSC, nous n’utilisons pas de cellophane ni de notice papier… Plus largement, tous nos actifs sont sourcés en France, ainsi que les éléments de packaging. TiL est une marque 100% fabriquée en France.

Avez-vous identifié de futurs axes de développement ?

Il n’est pas toujours facile de concilier démarche éco-responsable et équation économique lorsqu’on est une start-up : en sourçant en France et en achetant en plus petites quantités que des marques établies, nous payons en moyenne 30% plus cher. Alors, c’est une quête de progrès continu.

Le rechargeable aussi fait partie de nos projets. Et nous continuerons à optimiser nos choix au fur et à mesure des développements. Le deuxième complément alimentaire que nous lançons prochainement ne sera pas conditionné sous étui, par exemple ; je peux vous dire que cela n’a pas été facile de faire tenir sur ce petit flacon toutes les mentions légales obligatoires !

Enfin, nous sommes membres depuis la création de TiL du mouvement 1% for the planet : nous reversons 1% de notre chiffre d’affaires à des associations qui préservent l’environnement et s’engagent pour le lien social.

La signature olfactive des produits TiL et votre Eau de Toilette sont l’œuvre du parfumeur Francis Kurkdjian. Quelle était votre idée de départ ?

Nous avons raconté l’histoire du domaine à Francis Kurkdjian, ce que nous y ressentions et ce que nous voulions partager. Le challenge était de traduire cette idée du tilleul dans l’air tiède de l’été de manière contemporaine, et de la mettre au service d’une gamme complète de soins, pas que d’un parfum.

Francis nous a proposé trois pistes, et sur l’une d’elles, ma sœur Odile et moi avons levé le nez de nos mouillettes en même temps et nous nous sommes exclamées : « Nous sommes chez nous ! ». L’Eau qui Enlace était née. Ensuite, Francis a ajusté la note pour l’adapter à chaque galénique. Un vrai travail d’orfèvre. Par exemple, sur les produits lavants, les facettes plus vertes du tilleul ont été mises en avant ; sur les produits de soin, ce sont les facettes plus onctueuses, rondes et florales, qu’il a valorisées.

Les résultats du travail de Francis sont extraordinaires : non seulement de nombreux utilisateurs nous disent être déjà addicts à la senteur de TiL, mais nous avons également analysé son effet sur les émotions via une étude neuroscientifique, menée avec le Dr Francis Vial et la société spécialisée Emospin. Trois mots clés sont ressortis : joie, relaxation et réconfort. Ainsi, nous avons aujourd’hui un tilleul à la fois « contemporain et réconfortant ». C’est une belle promesse, surtout en cette période incertaine !

Comment imaginez-vous la suite de l’histoire de TiL ?

Nous démarrons actuellement la distribution de nos produits de beauté et de soin en France. En plus de notre e-boutique, ils se trouvent sur Nocibe.fr , BeautySuccess.fr et dans cinq magasins Beauty Success en Nouvelle-Aquitaine.

Dans un second temps, nous souhaitons nous développer hors de nos frontières ; le tilleul existe dans tout l’hémisphère nord, et il est partout porteur d’une image reconnue et bienveillante.

Ensuite, nous voulons continuer à pousser notre engagement éco-responsable axé sur la naturalité des formules et sur le local.

Et enfin, nous aimerions un jour créer un spa dans le domaine. Nous avons en tête un endroit qui s’y prêterait magnifiquement. Mais ce n’est pour l’instant qu’un projet : un pas après l’autre… !

https://til-time.com/

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