Esthète accompli, Julien Sprecher a su transformer sa passion en réussite. Fondateur d’une maison de parfum indépendante parmi les plus reconnues, il prône une parfumerie de luxe généreuse, signée et raffinée, fièrement ancrée dans l’histoire française et à l’opposé des codes minimalistes actuels.
Par Lionel Paillès

Vous avez grandi dans un univers déjà très lié au parfum. Était-ce une évidence pour vous d’y travailler ?
Le parfum a toujours fait partie de ma vie. Mon père représentait plusieurs maisons, dont Guerlain, au Moyen-Orient. J’ai grandi au contact de cet univers, sans projet clairement défini au départ.
À la fin des années 1990, j’ai repris son activité et l’ai transformée en une société de distribution dédiée aux parfums de niche — un segment encore peu structuré à l’époque. Dubaï s’est alors imposé comme un formidable poste d’observation : j’y ai rapidement compris les rouages de la distribution et les attentes spécifiques des marchés, notamment au Moyen-Orient. C’est aussi là que s’est affirmé un désir plus personnel : celui de créer ma propre marque.
Comment est née l’idée de Parfums de Marly ?
Lorsque j’ai cherché un récit fondateur, je me suis naturellement tourné vers l’Histoire, qui me passionne, et vers mes souvenirs d’enfance. Je suis né à Saint-Germain-en-Laye et j’ai voulu revisiter l’esprit du château de Marly, ce lieu de raffinement extrême où le roi recevait un cercle très restreint, loin de la foule et des contraintes de Versailles.
Le XVIIIe siècle est omniprésent dans l’ADN de la marque. Pourquoi cette période ?
Parce que Louis XV a élevé la parfumerie au rang d’art. On parlait alors de “cour parfumée”. Chaque jour, un parfum différent était demandé pour les appartements du roi, et des senteurs aromatiques jaillissaient des fontaines du château. Le logo de la marque, les Chevaux de Marly sculptés par Guillaume Coustou, est un symbole fort de cette époque.


La maison Parfums de Marly a été fondée en 2009. Comment a débuté l’aventure ?
La marque a démarré très fort dans les pays de la péninsule arabique, qui apprécient les sillages puissants et affirmés. Ensuite, nous avons fait le choix d’avancer par zones : l’Italie et l’Allemagne en 2010, puis les États-Unis en 2012, qui représentent aujourd’hui environ la moitié de nos ventes. Nous prenons le temps d’installer la marque sur chaque territoire.
Votre esthétique tranche avec celle de nombreuses marques de niche. Était-ce volontaire ?
Une démarche totalement assumée. À une époque où la niche ne jurait que par le minimalisme, j’ai choisi la couleur, l’opulence, une certaine théâtralité. C’était un contrepied assumé. J’ai aussi fait le choix de conserver une polarité homme-femme.
Vos parfums sont souvent décrits comme très présents, très affirmés. Est-ce un choix délibéré ?
Oui. Nous assumons une écriture généreuse, avec du caractère. Un parfum Parfums de Marly doit exister dès les premières secondes et laisser une empreinte. Cela ne veut pas dire être excessif, mais être lisible, reconnaissable, et surtout assumé.
Comment décririez-vous l’identité olfactive de cette marque ?
Je ne souhaite pas me limiter à des ingrédients spécifiques, même si je remarque que nos compositions contiennent peu de oud. Chaque création possède néanmoins ses propres caractéristiques : une ouverture fraîche, une grande rondeur et des performances optimales. C’est précisément ce que nos clients recherchent dans nos parfums, et nous savons qu’ils sont les meilleurs ambassadeurs de nos créations.
Pourquoi ne pas avoir succombé à la vague du parfum unisexe ?
Pour des raisons esthétiques, très simplement. Le parfum unisexe m’aurait obligé à renoncer à certaines floralités et aux fruits, qui sont essentiels à mon langage. J’aime la richesse, la sensualité, la matière.
Le véritable tournant arrive avec Delina, en 2017. Comment expliquez-vous ce succès ?
Delina est une rose-litchi très sensuelle, très identitaire. Les réseaux sociaux ont joué un rôle clé dans son envol. Ce parfum a permis à Parfums de Marly d’être reconnu comme une véritable maison de parfum, et pas seulement comme une marque en croissance.


En 2023, vous ouvrez le capital à Advent International. Était-ce un choix stratégique ?
Absolument. Cette collaboration nous offre les moyens de poursuivre notre expansion à l’international et de développer nos canaux de distribution, tant pour Parfums de Marly que pour Initio, notre seconde maison.
Il y a quelque temps, vous êtes aussi devenu mécène du musée le plus visité au monde…
Oui, c’est une grande fierté. Depuis 2024 et pour trois ans, nous participons à la restauration des salles Cressent du Louvre, consacrées aux chefs-d’œuvre du mobilier du XVIIIe siècle. C’est une manière très concrète de prolonger notre dialogue avec l’Histoire.
En définitive, que représente Parfums de Marly pour vous ?
Une maison vivante, nourrie par le passé mais tournée vers le présent. Tant que je pourrai raconter des histoires, créer des émotions et dialoguer avec le monde par le parfum, l’aventure continuera.
Qu’est–ce qui différencie fondamentalement Parfums de Marly des autres marques ?
L’ancrage historique constitue notre parti-pris fort, même dans un marché de niche où les inspirations contemporaines font partie des codes. Nos compositions sont facettées, équilibrées et signées. Nous choisissons de créer des collections genrées, ce qui nous offre une palette olfactive extrêmement vaste et une grande liberté de création, allant des notes florales et fruitées aux accords les plus boisés.
Combien revendiquez-vous de points de vente et de boutiques en propre, ou en partenariat ?
Nous sommes présents dans 1000 points de vente et possédons plus de 21 boutiques en propre, entre l’Europe, les États-Unis, l’Asie et le Moyen-Orient.
Quelle est l’actualité immédiate de la marque ?
Nous dévoilons Athénaïs, un parfum lumineux et enveloppant, où les fleurs blanches solaires rencontrent la douceur chaleureuse de l’ambre. Une fragrance féminine, élégante et raffinée, qui affirme sa présence tout en restant délicate, laissant un sillage soigné et harmonieux, jamais envahissant. Pour le printemps 2026, la marque prévoit l’ouverture d’une troisième boutique parisienne, ainsi que de nouvelles adresses en Asie, aux États-Unis et au Moyen-Orient, poursuivant son expansion internationale.

