Cinquième Sens : faire de l’olfactif une culture à part entière

Par Luce Grossetête

Isabelle Ferrand et Marc Jourdan-Gassin dirigent ensemble Cinquième Sens, institution de référence de la culture olfactive, née à Paris et aujourd’hui présente à l’international. Depuis cinquante ans, Cinquième Sens transmet, décrypte et fait rayonner la culture des odeurs à travers la formation, le conseil et son réseau de partenaires.

À la tête de Cinquième Sens depuis 2004, Isabelle a été rejointe par Marc début 2026 pour ouvrir un nouveau chapitre de l’entreprise. Marc était auparavant Vice-Président Fine fragrances chez dsm-Firmenich, maison de composition au sein de laquelle il a travaillé plus de trente ans. À l’occasion des cinquante ans de Cinquième Sens, entretien croisé avec deux passionnés de parfum.

Marc Jourdan-Gassin et Isabelle Ferrand, à la tête de Cinquième Sens. ©Cinquième Sens

Neuf mois après l’arrivée de Marc chez Cinquième Sens, qu’avez-vous appris l’un de l’autre, et comment vous répartissez-vous les rôles au sein de Cinquième Sens ?

Isabelle : nous avons réalisé avec Marc que nous étions très complémentaires.

Marc : j’ai été frappé chez Cinquième Sens par cette façon d’apprendre à la fois très sérieuse et passionnée. Cinquième Sens est une référence en termes d’éducation au monde des odeurs.

Isabelle : j’ai rejoint Cinquième Sens et sa fondatrice, Monique Schlienger, en 1985. Cela fait plus de quarante ans ! Nous avons développé Cinquième Sens pendant toutes ces années, et voir arriver un professionnel du parfum qui reconnaît la valeur de ce que nous avons construit a été une grande joie.

Marc : avec Isabelle, nous partageons la même vision et la même ambition, sans mettre de côté ce que l’on peut améliorer.

En termes de répartition des rôles, nous travaillons sur les défis du quotidien et les grandes orientations à deux. Isabelle pilote plus particulièrement l’expertise et les outils d’éducation olfactive. Je me concentre davantage sur le développement international et l’animation du réseau de partenaires. Nous avons aujourd’hui un réseau de 17 partenaires et implantations dans le monde. Ce réseau, qui était animé en dehors de Cinquième Sens Paris, a réintégré la maison-mère.

Nous avons de grandes ambitions pour démultiplier ce réseau dans des zones du globe où l’on peut faire rayonner la culture olfactive.

D’ailleurs, toute notre activité de formation portera désormais la mention « recommended by the Fragrance Foundation France », en France et à l’international. Nous remercions la Fragrance Foundation, dont nous sommes fiers d’être membres depuis plusieurs années.

Aujourd’hui, quels sont les projets chez Cinquième Sens qui vous tiennent le plus à cœur ?

Isabelle : le projet central est que nous voulons travailler à pérenniser Cinquième Sens en vue des cinquante prochaines années.

Marc : la concurrence est là, les besoins ont évolué. Nous avons aussi besoin de nous réinventer.

Isabelle : je ne pouvais plus faire grandir Cinquième Sens seule. L’expertise était solide, mais il manquait la forme à venir.

Marc : avec cette idée de pérennité de Cinquième Sens, voici les trois sujets sur lesquels nous travaillons : tout d’abord, notre visibilité sur le marché – nous avons été souvent trop discrets, voire trop humbles. Ensuite, la lisibilité de notre offre : nous sommes reconnus comme une référence en termes de formation professionnelle, pour autant, ce n’est pas encore une évidence de penser à nous lorsqu’il y a un besoin. Enfin, la désirabilité, qui rejoint les 2 autres points : que nous parlions de sujets assez techniques ne nous empêche pas de devenir désirables.

Isabelle : quand on voit les yeux qui brillent de nos étudiants au sortir des formations, ou la fierté qu’ils ont de repartir avec l’olfactorium, outil de notes olfactives que nous avons développé et qui va leur permettre de faire revivre autour d’eux l’émotion qu’ils ont vécue en cours, on se dit que les fondamentaux sont bien là.

Marc : nous avons cherché une agence qui pourrait nous comprendre et aussi nous provoquer. Nous avons choisi Youth, dont le fondateur est Olivier de Kersaint Gilly. Ils nous ont proposé un positionnement assez audacieux et très aspirationnel. Sans rien dévoiler aujourd’hui, une constante nous a réunis avec Youth : ils vont nous aider à faire rayonner la culture olfactive comme une culture à part entière.

L’olfactorium, outil de notes olfactives développé
par Cinquième Sens. ©Cinquième Sens.

Cinquième Sens fête ses cinquante ans cette année. Selon vous, au fil de ces cinq décennies, y a-t-il des décisions ou des moments qui ont particulièrement façonné ce que l’entreprise représente aujourd’hui ? Qu’avez-vous prévu pour célébrer cet anniversaire ?

Isabelle : la première étape, c’est bien sûr le jour où Monique Schlinger dépose les statuts de la société en 1976. A l’époque, elle est une véritable pionnière en tant que parfumeure créatrice indépendante ; en 1983, elle est également novatrice, lorsque Cinquième Sens devient le premier organisme de formation professionnelle en olfaction. Monique avait la passion du parfum et de la transmission du savoir-faire.

Marc : le deuxième jalon, c’est toute la période où Isabelle a développé la société. La troisième étape, c’est la formation du réseau international d’experts. Et la quatrième période qui s’ouvre, celle de l’arrivée de nouveaux investisseurs et d’un nouvel associé.

Isabelle : pour les cinquante ans de Cinquième Sens, l’idée n’est pas forcément d’organiser une grande soirée, mais plutôt de fêter nos nouvelles ambitions, de montrer le nouveau visage de Cinquième Sens. Elle est là, la vraie célébration. Nous serons présents sur les salons, les réseaux sociaux, pour montrer cette visibilité qui nous manquait récemment.

La soirée au premier étage de la Tour Eiffel attendra nos 55 ans !

Cinquième Sens forme des professionnels et amateurs éclairés à « acquérir, parfaire ou structurer leurs compétences olfactives. » Quelles sont leurs attentes aujourd’hui, et avez-vous constaté des évolutions importantes de ces attentes sur les dernières années ?

Isabelle : les fondamentaux de la parfumerie restent : sentir les notes et les parfums en blind test, échanger sur une émotion que l’on ressent en sentant, connaître les parfums et les tendances…

Ce que l’on nous demande de plus en plus, c’est une proposition de conseil et d’analyse du marché.

Le bagage technique reste indispensable, mais nous sommes dorénavant aussi attendus sur notre point de vue du marché. A ce sujet, nous développons actuellement deux nouveaux outils pédagogiques pour proposer ce point de vue.

Marc : l’idée est par exemple de décrypter quelles sont les innovations en termes de matières premières, aller vers les fournisseurs d’ingrédients en amont, et réfléchir aux marques, en aval, qui ont pris ces innovations de manière fine et pertinente… Cinquième Sens apporte un regard indépendant et complémentaire à celui des maisons de composition. Cette position singulière nous permet de prendre du recul sur les évolutions du marché.

Pour finir, Isabelle, Marc, y a-t-il une matière première ou un parfum qui résume ce que représente pour chacun de vous Cinquième Sens ?

Isabelle : j’ai choisi N°5 de Chanel, pour plusieurs raisons. D’abord c’était le parfum que portait ma mère ; à mes yeux, cette odeur, c’est elle. En parallèle, je considère Monique Schlinger comme ma « mère professionnelle », et je relie N°5 à l’histoire de Cinquième Sens.

Par ailleurs, la maison Chanel a dessiné une frise de l’évolution du flacon, depuis sa création en 1921 : le flacon a beaucoup évolué au fil du temps, mais on ne s’en rend pas compte. Il n’a presque plus rien à voir, mais c’est le même. Je trouve que c’est une belle métaphore de Cinquième Sens, qui est toujours l’entreprise d’avant mais qui se transforme. Enfin, il y a le « pas de côté » de N°5, avec N°5 L’Eau, la touche moderne du parfum intemporel, et là encore, cela me fait penser à Cinquième Sens et à son évolution actuelle.

Marc : de mon côté, j’ai réfléchi aux matières premières. Je me suis arrêté sur une matière très émotionnelle pour moi, car je suis du Midi : la fleur d’oranger. Il y a un côté très simple, mais aussi solaire, lumineux, joyeux. La joie est une valeur de Cinquième Sens, que l’on retrouve au quotidien. La fleur d’oranger est aussi une matière première généreuse, et je trouve qu’il y a beaucoup de générosité chez Cinquième Sens.

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