Évaluatrice chez IFF depuis 13 ans, cette passionnée de parfum et de ceux qui les créent pilote une cellule dédiée à la parfumerie de niche, qui se charge d’accompagner les jeunes marques dans la construction de leur identité.

Par Lionel Paillès
POUVEZ-VOUS NOUS RACONTER VOTRE PARCOURS EN QUELQUES MOTS ?
Après une maîtrise de Sciences et Techniques ARPA (Arômes & Parfum) à l’université du Havre, j’ai obtenu un DESS en parfumerie à l’ISIPCA, l’école de parfumerie de Versailles. J’ai décroché un stage d’apprentissage chez Givaudan à l’évaluation. Gilles Andrier, qui dirigeait la division parfumerie de luxe, m’a embauché en 2004.
D’OÙ VOUS VIENT VOTRE PASSION POUR LA NICHE ?
Chez Givaudan, on m’avait confié le compte Puig, et plus particulièrement la marque Comme des Garçons. J’ai alors rencontré Christian Astuguevieille, artiste plasticien et scénographe, qui était le directeur artistique de la marque de Rei Kawakubo. C’est lui qui m’a briefé pour la Série 6 Synthetic. Cet homme anticonformiste recherchait des odeurs de garage, de soda, de goudron, de skaï… Je dois dire que j’ai vécu cette période comme une grande récréation.
EN ARRIVANT CHEZ IFF EN 2012, AVEZ-VOUS CONTINUÉ À TRAVAILLER AVEC DES MARQUES DE NICHE ?
Pas au début. J’hérite à nouveau du portefeuille Puig mais je suis précisément en charge des marques Nina Ricci et Valentino. À l’époque, IFF ne travaillait pas encore pour ce marché de la niche, à l’exception des Éditions Frédéric Malle. Je conserve cette idée secrètement dans un coin de ma tête.
COMMENT AVEZ-VOUS PRIS LA DÉCISION DE CRÉER CETTE CELLULE DÉDIÉE À LA NICHE ?
C’est à Sabrya Meflah que l’on doit l’intuition décisive. Elle a vu avant tout le monde l’essor fulgurant du marché de la niche. Nous disposions déjà d’un écosystème favorable capable de répondre aux besoins de “sur-mesure” des petites marques : les ingrédients à façon produits par LMR et la manufacture de Fragrance Resources à Grasse où la pesée se faisait à la main, que nous venions d’acquérir. Il ne restait plus qu’à aller convaincre les marques.



QUELLE EST LA PREMIÈRE MARQUE À AVOIR RÉPONDU PRÉSENTE ?
Nous avons fait la connaissance de Marie-Hortense Varin, qui souhaitait créer une marque de parfums 100 % naturels. Issue du monde de la tech, elle ne connaissait encore que très peu l’univers de la parfumerie. Nous l’avons accompagnée à chaque étape : définition de la collection, élaboration du cahier des charges et développement olfactif. Nous avons eu la chance de collaborer, pour la création des cinq premiers parfums, avec Anne Flipo, Domitille Michalon Bertier et Paul Guerlain.
ET ENSUITE, LES CHOSES SE SONT-ELLES ENCHAÎNÉES ?
Nous avons d’abord rencontré David Benedek, fondateur de BDK Parfums, puis Les Bains Guerbois, d’Orsay, et enfin Caroline Pelissier pour la maison Racyne, juste après la période du Covid. Au fil de ces collaborations, nous avons affiné notre manière de sélectionner les projets, développé une approche plus rigoureuse et appris à identifier les marques capables de porter une vision créative forte et durable.

QU’EN EST-IL DE LA MARQUE CHAMBRE 52 ?
La rencontre avec Nicolas Dewitte figure parmi les plus belles que j’aie vécues. Il nous a littéralement confié son projet, que nous avons pu développer dans une atmosphère de totale sérénité. Tout était cohérent, mûrement réfléchi. Il avait déjà en tête le Brésil, la chambre d’hôtel, le jeu du dedans-dehors. Tout était en place, il n’y avait plus qu’à mettre en scène olfactivement cette histoire. Nicolas recherchait une odeur de surf et je me suis souvenu que Jean-Christophe Hérault avait travaillé des notes de ce type : ça a donné Soleil Tonka.

J’IMAGINE QUE LE PLAISIR EST ENCORE PLUS GRAND LORSQUE TOUS CES EFFORTS SONT RÉCOMPENSÉS…
Tobacco Memories, créé avec Domitille Michalon, a effectivement remporté le prix du “Meilleur Parfum de Niche” lors de la soirée des Fragrance Foundation Awards en juin 2025. Quelle joie et quelle fierté de voir Domitille et Nicolas monter sur scène pour recevoir cette récompense !

À QUOI RESSEMBLE AUJOURD’HUI CETTE ÉQUIPE DÉDIÉE À LA NICHE ?
Il s’agit d’une petite équipe soudée et complémentaire, composée de trois personnes : Constance Riquelme, qui pilote le développement commercial, Delphine Meyne, responsable marketing, et moi-même à l’évaluation. À nous trois, nous couvrons l’ensemble des besoins d’une jeune marque, depuis la définition du positionnement jusqu’à la mise au point olfactive et au lancement sur le marché. Notre taille réduite n’est pas un frein, au contraire : elle nous offre une agilité précieuse. Nous pouvons réagir rapidement, personnaliser notre accompagnement, adapter notre méthode à chaque interlocuteur et proposer des échanges directs, sans intermédiaires.