Depuis 1976, L’Artisan Parfumeur cultive une vision singulière de la parfumerie, guidée par l’audace créative et l’amour des matières. À l’occasion de son cinquantième anniversaire, Reyes Lezcano, General Manager de la marque, revient sur l’héritage pionnier de Jean Laporte et les ambitions d’une marque qui continue de tracer sa propre voie.
Propos recueillis par Virginie Rousset

Comment l’aventure de L’Artisan Parfumeur a-t-elle commencé ?
Reyes Lezcano : L’aventure commence avec Jean Laporte, botaniste et chimiste, en 1976. À l’origine, il crée Mûre et Musc en 1978, une fragrance totalement inédite à l’époque, associant un accord fruité à une overdose de muscs blancs. Son succès lui permet d’ouvrir sa première boutique à Paris la même année. Ce qui est important, c’est qu’il ne cherchait pas à créer une marque au sens classique. Il voulait avant tout créer, expérimenter, exprimer une vision personnelle du parfum. À une époque où la parfumerie était très codifiée, il adopte une approche radicalement différente : partir d’une idée, d’une matière, d’une sensation, plutôt que d’un positionnement marketing. C’est cette liberté qui a fondé l’identité de L’Artisan Parfumeur. Il n’a jamais cherché à être de niche. Cette position est venue naturellement, par la singularité de sa démarche et la liberté qu’il s’autorisait.

il a créé l’Artisan Parfumeur pour exprimer sa vision du parfum. ©Presse.

et devenu emblématique de la marque. ©Presse.
En quoi Jean Laporte a-t-il été un pionnier ?
Reyes Lezcano : Il a été pionnier à plusieurs niveaux. Dans sa manière de composer, de lancer ses créations, mais aussi dans sa relation avec le public. Passionné d’artisanat et de matières premières, il se définissait aussi comme parfumeur-décorateur, avec cette idée que le parfum ne se limite pas à la peau mais participe à une atmosphère, à un lieu de vie. Cette vision s’incarne notamment dans la Boule d’Ambre, créée dès la fin des années 1970, bien avant que les parfums d’intérieur deviennent incontournables.

« le parfum ne se limite pas à la peau mais c’est une expérience de vie »
disait Jean Laporte. ©Presse.
Quels parfums résument le mieux ces cinquante années de création ?
Reyes Lezcano : Chaque décennie possède sa création emblématique. Bien sûr, il y a Mûre et Musc, qui demeure la pierre fondatrice de la maison. Puis Premier Figuier en 1994, considéré comme le premier grand parfum à la figue de l’histoire moderne. Ensuite vient Bois Farine, véritable manifeste créatif. À l’époque, c’était un ovni olfactif construit autour de la pyrasine, un ingrédient qui est depuis largement utilisé dans la parfumerie contemporaine. C’est un exemple clair de la manière dont L’Artisan Parfumeur a constamment été en avance sur son temps. Plus tard, Noir Exquis bouscule à son tour les codes du gourmand sans sucre avec un accord café-châtaigne loin des constructions sucrées habituelles. Enfin, Abyssae, lancé en 2022, symbolise parfaitement l’esprit de la maison. Ce qui relie toutes ces créations, c’est une même intention : proposer des parfums qui ne suivent pas des tendances mais qui ouvrent de nouveaux territoires.

La parfumerie de niche a beaucoup évolué depuis 1976. Comment rester pertinent aujourd’hui ?
Reyes Lezcano : La parfumerie est devenue un territoire d’expression extraordinairement riche. Mais notre objectif n’est pas de nous distinguer artificiellement. Pour moi, l’enjeu n’est pas tant de se démarquer que de rester fidèle à une intention. Dès le départ, L’Artisan Parfumeur s’est construit autour d’une approche très libre de la création, en laissant aux parfumeurs un véritable espace d’expression. Cette liberté reste aujourd’hui notre ligne directrice. Elle permet de créer des parfums sincères, avec une écriture forte, qui ne cherchent pas à répondre à une tendance mais à exprimer une idée. Nous avons lancé la ligne autour du potager avec l’impulsion du parfumeur Quentin Bisch, lancé la Cérémonie de l’Encens en 2025 avec Mathilde Bijaoui pour sublimer l’art de l’artisanat. Cette année, avec l’Amant composé par Nathalie Lorson, autour de l’encre et du patchouli, nous explorons un nouveau territoire olfactif et une expérience avec l’écrivaine Morgane Ortin.


Comment célébrez-vous ce cinquantième anniversaire ?
Reyes Lezcano : Nous avons souhaité raconter cette histoire à travers plusieurs temps forts internationaux comme des pop-up, de Shanghai à Paris puis Dubaï. À Paris fin juin, le pop-up consacré à Jean Laporte permettra notamment de découvrir le flacon originel de Mûre et Musc, dessiné par Pierre Dinand. Nous proposons également une réédition très limitée du parfum dans un flacon d’exception réalisé en verre soufflé. La Boule d’Ambre fait aussi son retour, comme un clin d’œil aux origines de la maison et à cette vision globale du parfum qui a toujours animé son fondateur.


Quelle est la vision de L’Artisan Parfumeur pour les cinquante prochaines années ?
Reyes Lezcano : Notre ambition est de faire vivre, avec la même exigence, ce qui fonde l’Artisan Parfumeur depuis l’origine : une certaine idée de la liberté créative associée à un rapport très fort à l’artisanat et au geste. Cet anniversaire célèbre un héritage, mais surtout une manière de créer. Aujourd’hui, notre rôle est de rester fidèle et de prolonger l’élan initié par Jean Laporte, en continuant à explorer, à innover et à faire rayonner cette vision à l’international.

de Mûre et Musc en verre soufflé et or. Avis aux collectionneurs ! ©Presse.