Nez à Nez avec Tanguy Guesnet

Tanguy Guesnet, ©IFF

Jeune parfumeur chez IFF, Tanguy Guesnet nous raconte son parcours. Parmi ses sources d’inspiration, la gastronomie et plus particulièrement la mixologie, l’art du cocktail. 

1/ Bonjour Tanguy. Pouvez-vous nous raconter votre première rencontre avec les parfums ? 

Ma première rencontre avec un parfum est Must de Cartier que portait ma mère pendant ma petite enfance. Sans devoir citer forcément un parfum, j’ai une attirance pour les odeurs depuis tout petit, si bien que je ne me souviens pas de la première expérience qui m’a rendu amoureux du parfum. Mais je pourrais mentionner les heures passées chez Sephora à observer le vendeur sprayer des mouillettes et conseiller ses clients, je voulais en faire mon métier et partager les émotions que je ressentais avec les gens. J’avais peut-être cinq ou six ans.

2/ Vous souvenez-vous du premier parfum que vous avez porté ? Du premier que vous avez créé ?

Le premier parfum que j’ai porté c’était Boss in Motion, dans son flacon boule métallique. Une signature de Domitille Michalon, qui est maintenant une collègue parfumeur. Ma première création, c’était Mademoiselle Rochas in Paris, quasiment en même temps que Jimmy Choo Man Extrême, tous deux co-signés avec Anne Flipo, ma mentor.

3/ Y a-t-il une destination de voyage qui vous a inspiré un parfum récemment ? 

J’ai eu l’occasion de passer six mois en Chine en 2023/2024 dans le cadre de mon métier. Une occasion unique d’être en immersion dans une culture et de sentir des odeurs si différentes de nos repères européens. Ce voyage continue de m’inspirer des créations, telles que Plum Cream pour Obvious sorti l’année dernière, qui a pour point de départ un accord de prune salée, appelée jujube en Chine.

4/ Plus généralement, quelles sont vos sources d’inspiration ?

L’univers de la mixologie m’inspire énormément, les analogies avec la parfumerie sont d’ailleurs très nombreuses. Récemment cette deuxième passion m’a donné l’idée d’un accord rhum ambré, point de départ du dernier Coach Pure Platinum pour Homme qui apporte beaucoup d’addiction et de sensualité au parfum.

5/ Une passion que vous avez mis en avant sur Instagram dans les vidéos « Drink a perfume ». Un angle gustatif intéressant…

Je pourrais également citer le monde de la gastronomie, de la pâtisserie en particulier comme autre source d’inspiration. J’ai créé Un Samedi à Paris pour Solférino, qui met en scène une ganache vanille très onctueuse avec un bois de cèdre aux accents poivrés.

6/ Quelles tendances ou pistes olfactives innovantes voyez-vous pour les prochaines années ? 

Je pense que tous les parfumeurs travaillent sur les nouvelles gourmandises. Par exemple, comment trouver une nouvelle facette à la vanille : salée, aromatique, torréfiée, amère ? Je crois beaucoup à l’amertume comme nouvelle addiction, à l’image d’un amaro italien, à mi-chemin entre des effets liquoreux et cette fraîcheur aromatique amère. L’amertume est difficile à dompter de prime abord, mais on peut y devenir dépendant ! (café, spritz, matcha…).

On assiste aussi depuis peu à l’adoubement du fruit (fruits rouges, coco, mangue) qui s’assume de plus en plus comme pilier de certains parfums de niche mais aussi de grandes marques. À mon sens, ce sont les fruits exotiques qui ont de belles années devant eux, comme le fruit de la passion dont nous avons d’ailleurs la chance d’avoir un sublime extrait LMR.

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