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Rencontre avec Olivier Cresp

Chef de file d’une parfumerie épicurienne depuis qu’il créa la famille des notes gourmandes, avec Angel de Thierry Mugler en 1992, Olivier Cresp – maître-parfumeur chez Firmenich depuis 2006 – n’a rien perdu de sa gourmandise.

D’où vous vient votre gourmandise pour la vie et pour les odeurs ?

J’apprécie les bonnes choses à déguster. Les recettes de ma grand-mère Jeanne, leurs souvenirs olfactifs et gustatifs m’inspirent beaucoup. Comme Victor Hugo, je suis persuadé que « rien n’éveille un souvenir comme une odeur ».

C’est pour cela que vous aimez créer des parfums qui « racontent des souvenirs « ?

Oui. Ceux que j’appelle de parfums « régressifs » et que j’ai créés ces dernières années. Ils rappellent les odeurs qu’on a connues dans le passé, la période où l’on était heureux et insouciant.

Comme à l’époque de votre jeunesse à Grasse ?

J’ai vécu mon enfance à Grasse, dans une famille heureuse de négociants de fleurs, où les odeurs de jasmin, de rose tubéreuse et d’arbres fruitiers ont été les premières à m’inspirer. J’allais récolter des fleurs le matin. Avec de l’alcool acheté en pharmacie, je faisais moi-même mes extractions. Je laissais macérer. Ça sentait bon. Je mettais des petites gouttes dans des pipettes : c’était mes premiers essais. J’allais ensuite dans la fabrique de mon père pour tout sentir : les matières premières qu’il faisait ou qu’il achetait, les molécules de synthèse. Je les connaissais toutes.


Comment définissez-vous des parfums gourmands ?

Ils sont gourmands parce qu’ils sont sucrés, vanillés, opulents. Ils sont appétents : on a envie de les manger, ils donnent envie de croquer. Comme avec Loverdose de Diesel qui sent la réglisse.


Etiez-vous destiné à devenir parfumeur ?

Ma mère voulait que je sois avocat. J’ai refusé. Mon père m’a envoyé aux Etats-Unis où j’ai appris le métier de parfumeur. Etre parfumeur était devenu une évidence.

En quoi votre métier a-t-il évolué depuis vos débuts ?

Avec le temps et l’expérience je deviens plus audacieux, plus libre sans doute !  Je suis content d’avoir accompli ce chemin. Mes enfants Anaïs (architecte) et Sébastien (parfumeur chez Firmenich) ont hérité de cette passion. Ma famille m’a transcendé en repoussant mes limites créatives.

Etes vous en quête d’un parfum idéal ?

En attendant de le trouver, je travaille beaucoup, je cherche, je pèse, je formule encore et encore (plus de 600 fois pour Angel), jusqu’à y parvenir… un jour peut-être !

Pour moi, l’essentiel est que mes parfums soient portés. Je ne les imagine pas sans leur sillage. Alors rien n’est plus plaisant que de les reconnaître au détour d’une rencontre inattendue.

Quel est le rôle du parfum selon vous ?

Le parfum doit être un plaisir pour soi et pour les autres. Celui ou celle qui le porte a davantage confiance en lui et peut affronter le monde. On peut même tomber amoureux d’un parfum, avoir un choc émotionnel comme ce fut mon cas avec Shalimar quand j’étais jeune. On peut être addict d’une odeur, d’un parfum au point de ne plus pouvoir s’en passer.

A propos d’addiction, parlez-nous de la création de la Maison de Parfums Akro avec votre fille ?

Ma fille, Anaïs, m’a demandé de transformer en parfums ce cocktail d’addictions – cigarette, cannabis, sexe, chocolat, caféine, alcool -comme une expression d’un droit à la jouissance et à l’outrance. Imaginer les six jus, Smoke, Haze, Night, Dark, Awake, et Malt, m’a permis de me dépasser. On est dans les excès, sans limites, ni dans les dosages ni dans les ingrédients. Je me suis fait plaisir.

Vous êtes aussi épicurien que gourmand…

Oui… Je revendique l’audace et le plaisir, et comme disait Jean-Paul Guerlain : « Si l’amour est un péché, un bon parfum est ce qui vous pousse à le commettre » !

Isabelle Sadoux

L’empreinte aussi créative que talentueuse d’Olivier Cresp est marquée – entre autres – par Angel de Thierry Mugler, Dune pour Homme (Dior), Kokorico (Jean-Paul Gaultier), Ange ou Démon (Givenchy), Midnight Poison (Christian Dior), Place Vendôme (Boucheron), Black XS (Paco Rabanne), Nina (Nina Ricci), Black Opium (Yves Saint Laurent), Mon Paris (Yves Saint Laurent), etc