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Rencontre avec Célia Lerouge-Bénard de Molinard

Inspiration, héritage, futur du parfum, bonnes ou mauvaises odeurs… la directrice générale des parfums Molinard se confie sur son métier et sa personnalité. 

Célia, pouvez-vous nous parler de votre première rencontre avec le parfum ? 

Il est compliqué pour moi de vous dire précisément à quand remonte ma première rencontre avec le parfum, même si on n’oublie jamais sa première fois. Il a toujours fait partie de ma vie, comme l’apprentissage d’un langage. Dès ma plus tendre enfance, à chaque fois que mon père jardinait, il ne pouvait s’empêcher de froisser quelques feuilles pour me faire découvrir et deviner ce que c’était. Tout y passait: menthe, thym, romarin, géranium, rose… Ou encore quand je passais, après l’école, à «l’usine», je courais de cuve en cuve dans le distilloir pour tremper mes doigts dans la production du jour. 

Molinard a récemment fêté ses 170 ans. Depuis combien de temps dirigez-vous la marque ? 

J’étais heureuse et fière de célébrer cet anniversaire, nous sommes si peu à avoir cette chance-là. Une nouvelle décennie, et la première depuis que j’ai repris les rênes de notre belle Maison, cela va déjà faire 10 ans cette année. 

Quand on parle de Molinard, on pense souvent à Habanita, un parfum qui a presque 100 ans. Est-ce toujours une de vos références en termes de ventes ? 

Habanita, il y a tant à dire sur ce parfum légendaire, qui reste un des piliers de notre maison. Mais si je devais répondre à votre question en une phrase, je dirais qu’il est un parfum étonnamment indémodable, au nom évocateur de la femme aux multiples visages… 

Habanita fêtera ses 100 ans en 2021 

Dans la vie de tous les jours quelles odeurs vous font vibrer ? Y a-t-il à l’inverse des odeurs que vous aimez moins ou pas ?  

Quelle merveilleuse question, car il est si complexe d’y répondre ! Pour moi il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises odeurs en soi, c’est l’association que l’on en fait qui me fait vibrer, ce qu’elle évoque en chacun de nous. C’est tout ce qu’il y a autour de l’odeur qui est précieux: elle fait partie de nous dans toute sa globalité, car elle évoque ou provoque une émotion. Une odeur s’apprivoise, se découvre, elle est subjective et abstraite et pourtant si présente.  

En somme, toute odeur, qu’elle soit jugée bonne ou mauvaise par certains, peut susciter une émotion… 

Oui, prenez par exemple l’odeur de l’humidité, cette odeur de moisissure, un peu nauséabonde. Elle évoque pour moi une maison de famille au bord de la mer, où l’on se retrouvait tous durant l’été. Cette maison qu’on ouvrait une fois par an et qui nous rassemblait. Ces étés des premiers châteaux de sable, des premières sorties, des cours de voile… Alors étrangement, cette odeur me fait vibrer. 

Vous avez beaucoup modernisé la marque depuis quelques années, notamment en essayant de la tirer vers la parfumerie de niche. Quels sont les parfums ou les collections qui rencontrent le plus de succès ? 

Merci. Je ne dirais pas «parfumerie de niche» mais plutôt « confidentielle », comme si chacun pouvait trouver chez Molinard le parfum qui soulignerait à merveille sa personnalité. Nous avons un éventail de parfums assez large qui répond à beaucoup et qui s’agrandit avec une nouvelle gamme, La Fraîcheur, comme un zeste qui nous manquait peut-être. Nos collections sont complémentaires: des formules simples aux plus complexes, les parfums qui se répondent ou se mélangent, selon ses envies et ses humeurs. 

Nouvelle gamme d’eaux de parfum «La Fraîcheur» 

Quelles sont vos sources d’inspiration ? Certaines personnalités d’autres univers vous inspirent-elles ?   

En fait la vie m’inspire et me nourrit dans sa globalité: les livres, les mots, les émotions, les rencontres, les voyages,un regard, une histoire, la nature… L’artisanat aussi, les métiers de passion et ceux qui ont un parallèle avec le mien, la cuisine, l’œnologie… Mais également tout ce qui est farfelu. Les personnes à contre-courant, qui croient en leurs idées, qui ne veulent pas rentrer dans un moule, un peu révolutionnaires ou marginales. Des personnes qui s’assument, connues ou inconnues, tous ceux qui osent, c’est mon côté singulier. 

Quelles tendances voyez-vous pour les parfums de demain ? 

Et si justement le secret de notre longévité était de ne pas suivre la tendance – car elle est éphémère, mais plutôt d’être avant-gardiste, original et intemporel ? Le parfum est avant tout pour moi une rencontre, un langage, un sentiment, une émotion. Et il est bon d’avoir chacun sa signature. Son petit truc à soi. 

https://www.molinard.com/