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Rencontre avec Alexandra Carlin, parfumeur

Voyages, écriture, cuisine, intelligence artificielle… Alexandra Carlin parfumeur chez Symrise, nous parle de son métier et de ses sources d’inspiration.

Pouvez-vous nous parler de votre première rencontre avec le parfum ?

Comme beaucoup de bébés nés dans les années 80 en France, ma mère me parfumait les cheveux au Mustela. Le premier parfum que je me suis achetée seule au collège a été White Musk de The Body Shop. Et celui du premier garçon dont je suis tombée amoureuse, Fahrenheit de Dior. Mais ma première rencontre avec la parfumerie s’est faite plus tard, l’année de mon bac littéraire, quand j’ai entendu un parfumeur parler de son métier sur France Inter. C’était Maurice Roucel mais je n’ai découvert son identité qu’il y a 3 ans au cours d’une discussion avec lui, soit 20 ans après l’émission et surtout 10 ans après qu’il ne me recrute chez Symrise !

Vous souvenez-vous de votre première création ?  

Bien sûr, c’était un parfum à la guimauve pour un gloss Lancôme ; j’étais encore apprentie chez Robertet. J’avais créé cet accord par hasard un peu plus tôt alors que je travaillais autour de la fleur d’oranger pour le projet de fin d’études de l’Isipca. J’ai dû modifier ma formule pour que le parfum soit comestible.

Avez-vous des ingrédients fétiches dans votre travail ? Des odeurs préférées à titre personnel aussi peut-être ? Y a-t-il à l’inverse des odeurs que vous aimez moins ou pas ?

Ma palette n’est pas figée, j’adore essayer des nouveautés, naturelles ou synthétiques, leur trouver différents rôles dans mes créations. Il y a leur odeur, mais aussi leur histoire qui compte à mes yeux. La molécule développée par tel chimiste, les naturels issus de notre programme de diversification à Madagascar : le gingembre de Jean-Jacques, la citronnelle rouge de Christian. J’ai la chance de connaître les producteurs par leur prénom, j’ai même été invitée chez eux. Et sinon tous mes parfums contiennent de l’ambroxan, c’est toujours meilleur avec, que sans ! En y réfléchissant je crois aimer toutes les odeurs, même celle du furfuryl mercaptan qui est épouvantable mais très intéressante dans une note café.

Cuir Curcuma d’Affinessence, Run Wild de Davidoff (co-créé avec Pierre Guéros), Noiressence de J.U.S et Patchouli Indulgence d’Avon : quelques créations récentes d’Alexandra Carlin

Pour quels types de marques créez-vous ?

Je travaille aussi bien pour la parfumerie de niche, le sélectif que le masstige ; mon processus créatif au départ reste le même, le brief est un prétexte à raconter une histoire, c’est le développement qui est différent en général. Cette année, j’ai créé Patchouli Indulgence pour Avon : le parfum fait partie de leur toute nouvelle gamme Artistique et j’ai eu carte blanche comme quand je travaille pour la niche. Je me suis replongée dans la volupté d’un soir de marché à Hoi An au Vietnam et inspirée de l’époque où les caisses en bois étaient tapissées de feuilles de patchouli pour faire voyager et protéger les tissus précieux. Je collabore également au collectif artistique Journal d’un Anosmique qui me permet de travailler avec d’autres créatifs, de composer pour des expositions ou des séances de films en odorama, et aussi d’écrire !

En tant que créatrice, quelles sont vos sources d’inspiration ?

Elles sont très éclectiques et tout est prétexte à créer ! Depuis toujours, les mots et les expressions, lus dans un livre ou entendus quelque part peuvent être un point de départ. Je m’inspire aussi de ce que font les chefs en cuisine, ils ont souvent de nouveaux ingrédients et des associations inédites. Je suis très visuelle donc j’adore Instagram où je peux voir le travail d’autres créatifs en plus des galeries et des musées. Je note toutes mes idées instantanément dans mon téléphone et je les transcris en accords dès que possible dans mon ordinateur. J’ai aussi un « répertoire inversé » où je note les matières premières à utiliser pour des odeurs concrètes ou des émotions abstraites. A la lettre T par exemple, j’ai tomate, mais aussi torpeur.

Inde d’Alexandra Carlin, illustré par Paul Rey (Editions Journal d’un Anosmique)

Quels parfums d’un autre créateur auriez-vous aimé créer ? 

Fahrenheit ! Il y a tellement de force et de créativité dans ce parfum, c’est une œuvre d’art. Déclaration de Cartier et Bois d’Argent de Dior, également. Et plus récemment Eau de citron noir d’Hermès et Baccarat Rouge 540 de Francis Kurkdjian.

Quelles tendances originales voyez-vous pour les parfums de demain ?

Depuis le temps que nous créons des accords légumes ou fruits, il semblerait que l’on puisse bientôt utiliser des extraits naturels : toute une gamme de nouvelles matières premières à dompter et à s’approprier ! Mais c’est surtout la manière de créer qui va changer, l’intelligence artificielle nous permettra de créer des combinaisons inédites et de booster la création de parfums.

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