The Fragrance Foundation France

Stéphane Zwaans, chasseur de matières premières

Nom : Stéphane ZWAANS
Profession : Responsable des achats de matières premières naturelles pour la parfumerie

Nom : Stéphane ZWAANS
Profession : Responsable des achats de matières premières naturelles pour la parfumerie

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Quel est votre rôle au sein de la société Givaudan* ?
Développer dans les pays d’origine nos propres filières d’approvisionnement de matières premières naturelles (plantes, bois rares, baumes…) destinées à la fabrication de parfums, directement à la source. Puis faire en sorte de pérenniser ces filières pour ne jamais être ni en rupture de stock ni face à une qualité moindre sur certaines matières premières, ce qui aurait pour conséquence de porter préjudice à nos clients et donc aux consommateurs.

Comment êtes-vous arrivé à ce poste ?
J’ai débuté ma carrière dans les Achats pour l’industrie agro-alimentaire, déjà sur le développement des filières d’approvisionnements. Et depuis 13 ans, j’ai rejoint cet univers de la parfumerie, toujours sur l’activité Achat.

Vous dirigez donc un département « mondialisé » ?
Lancé en 2007, le programme d’approvisionnement éthique de Givaudan établit des partenariats uniques en vue de fournir des ingrédients durables de grande qualité à nos parfumeurs. Origination, cette nouvelle structure au sein de notre organisation achats, a vu le jour en 2013, afin de continuer à déployer nos réseaux dans les pays d’origine de la plupart des produits naturels essentiels à la création de parfums pour les grandes marques mondiales. Imaginez que votre parfum préféré ne puisse plus se fabriquer, parce qu’un des ingrédients qu’il contient n’est plus disponible ou que sa qualité est moindre ? Nous faisons en sorte cela ne puisse pas se produire, avec cette équipe dédiée, composée d’une vingtaine de personnes dans le monde, et d’acheteurs sur le terrain.

Quelles sont les matières premières sur lesquelles vous veillez ?
A ce jour l’ylang ylang, le santal, la fève tonka, la vanille, le benjoin, le vétiver et le patchouli, dans leurs pays d’origine, et pour ce faire, notre mission est de mettre en oeuvre des modèles d’approvisionnement novateurs et développer si nécessaire des capacités de production, pour répondre aux besoins du marché.

Quelles sont les compétences nécessaires pour exercer cette responsabilité ?
Etre capable de trouver des partenaires de production, agriculteurs, fermiers et distillateurs, et de savoir choisir les meilleurs. Savoir négocier des contrats avec eux, gérer des équipes sur le terrain dans tous ces pays de production, suivre les marchés pour comprendre l’évolution de l’offre et de la demande. J’ajouterai qu’il faut aimer voyager, dans des conditions parfois difficiles car il faut rejoindre des contrées éloignées de tout. Et bien sûr, aller au contact et à la rencontre des gens, savoir les écouter. Enfin, il faut être patient, car développer des filières ne se fait pas en quelques mois, il faut plutôt viser le moyen à long terme, de trois à dix ans. Sur la filière patchouli, il nous a fallu par exemple plus de deux ans pour mettre en place la collecte sur le terrain avec les 800 petits producteurs indonésiens.

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Avec une dimension de responsabilité environnementale et durable?
Cette responsabilité implique bien sûr d’intégrer le développement durable dans notre réflexion, au quotidien. Nous effectuons un suivi des actions sociales et environnementales, qui répondent à notre objectif de sécurisation de nos approvisionnements. Acheter mieux, c’est une chose, mais il faut que cela le soit durablement. C’est pour cela que toutes nos initiatives sont gérées par les achats et par les équipes de la société Givaudan, sur place. Je passe 75% de mon temps sur le terrain avec les petits producteurs, essentiellement en Asie et Océan Indien, et de façon moindre, en Amérique du sud.

Quelle est la place des nouvelles technologies d’information dans votre activité ?
Pour le patchouli, compte tenu des distances et moyens de communications un peu complexes sur place, nous avons mis en place un outil de suivi et de reporting , l’i-source, créé par Givaudan sur ipad. Nous y avons recensé les 800 producteurs de patchouli en Indonésie (fermiers, et/ou distillateurs** et/ou collecteurs), qui ont chacun un téléphone portable pour être en contact avec l’un de nos quatre acheteurs-brousse (tous experts dans cette matière première). Cela nous permet d’avoir en direct, en temps réel, l’état des achats, et l’acceptation par le contrôle qualité locale des lots de matières premières apportés sur place.

Comment formez vous les personnes engagées dans ces programmes ?
Cela fait effectivement parti de notre responsabilité que de former le personnel sur place, et nous le faisons, pour ce qui concerne le patchouli par exemple, via une distillerie pilote qui permet aux producteurs de venir, de découvrir les process, de les aider à les mettre en place, pour de meilleurs rendements et une qualité optimisée. Le meilleur patchouli du monde, s’il est distillé dans de mauvaises conditions, ne pourra pas être utilisé. Nous avons à Bornéo une exploitation de 100 hectares de patchouli, véritable laboratoire à ciel ouvert où nous pouvons tester tous ces process, et vérifier les qualités obtenues en jouant sur le séchage et la distillation.

Quel conseil donneriez vous à un étudiant qui souhaite faire votre métier ?
De se donner les moyens pour arriver à faire ce métier qui est tout simplement formidable ! Et donc d’avoir une solide formation technique, comme ingénieur agro ou chimiste, et de faire un 3ème cycle Achat.

Tout sur le patchouli, la plante, son sourcing, son utilisation en parfumerie

www.givaudan.com/patchouli
*Givaudan est le leader mondial des arômes et des parfums, et participe à la création de produits alimentaires, boissons, produits d’entretien, d’hygiène et de parfumerie.

** Un distillateur possède un alambic dans lequel il effectue une opération sur la matière brute, placée sur un plateau perforée au dessus d’une eau portée à ébullition. La vapeur d’eau qui passe à travers ces feuilles ou fleurs s’imprègne des particules odorantes. Après refroidissement et condensation, l’eau se sépare de cette huile essentielle gorgée de principes olfactifs, qui est alors recueillie pour être utilisée en parfumerie.