Par Marie-Bénédicte Gauthier
Un flagship immensez au cœur du mythique quartier de Soho… Quand Marc-Antoine Barrois voit grand, il croque la grosse Pomme !
Le rêve est omniprésent chez vous. Avez-vous « rêvé New York » enfant ?
New York ne faisait pas du tout partie de mon spectre de possibilités. Jusqu’à mes 17 ans où j’ai eu la possibilité de voyager – je suis parti vivre au Canada par le biais d’un échange – mon univers fantasmagorique était les bandes dessinées belges.
Le Cinéma américain ne vous avait-il pas conquis ?
Il n’y avait pas de télévision chez nous, donc le cinéma était un monde hors de ma portée. Mon enfance, c’était Lille, Bruxelles, Paris, Londres. A 16 ans, je pars au Canada et là je découvre que je peux assumer qui je suis, découvrir. J’ai écouté le Velvet Underground, rêvé du Studio 54, de la factorie d’Andy Warhol. J’étais jeune, c’était de l’ordre du fantasme, de l’imaginaire collectif.
Vous êtes très vite entré dans la mode, New York était une étape capitale ?
Oui j’adorais les affiches un peu vintages sur lesquelles étaient écrits : Paris, Londres, New York, São Paulo ou Buenos Aires, Tokyo. Je ne m’imaginais même pas que Buenos Aires et São Paulo pouvaient être des villes importantes dans le luxe ! Je n’avais pas la notion du voyage tout simplement. Mais ce qui est sûr c’est qu’aucune marque ne s’est construite sans New York. La Ville qui ne dort jamais avait ce côté très « Caroline Bessette », épuré et chic et moi je voulais déjà inviter les hommes et les femmes à s’habiller moins, mais mieux, de manière écologique. Mon rêve américain ? Peut-être montrer que ce luxe-là, respectueux, pouvait traverser les siècles.



Vous aviez déjà l’idée de ne pas être que « parisien »
Oui parce que je ne suis pas parisien ! Donner un ancrage quelque part qui n’est pas chez moi, qui évoque un style français peut être mais qui s’inscrit sur des années, sans limitation de mode, c’est important.
Vous êtes passé d’écrins intimistes (Paris-Londres) à un pas de géant : pas moins de 300 mètres carrés au cœur de Soho. Pensez-vous qu’à New York, Soho est le pendant de la rue Saint-Honoré à Paris avec ses magasins regroupés en corporation ?
C’est plus complexe que ça. Si vous pénétrez notre boutique à Soho, l’une des premières choses qui surprend, ce sont les orangs-outans suspendus de Jean-François Fourtou, artiste avec lequel je collabore depuis longtemps. Cet héritier de François Pompon esquisse là une vérité qui m’est chère. Les orangs-outans sont en voie de disparition… Tout comme les marques indépendantes de parfumerie. Alors oui, j’ose le dire, nous avons une place à part, notre place à N.Y.



Que trouve-t-on dans votre boutique ?
D’emblée, mes 7 parfums, tous réalisés avec Quentin Bisch chez Givaudan. Ils surgissent dès l’entrée, installés sur des champignons de bois géants presque hallucinogènes. D’ailleurs je crois que Quentin a ce talent de nous emmener olfactivement dans des terrains de conscience différents. Puis il y a mes vêtements, pas 15000 mais juste quelques portants, des galets de marbre, des bijoux d’argent symbolisant un mouvement perpétuel, un « speakeasy », hommage à la ville verticale qui se découvre en sous-sol. L’idée de labyrinthe m’habite depuis toujours. Pour y accéder j’ai pensé avec Antoine Bouillot à une rampe ruban, onirique, qui mène là où ça veut bien mener.



Quelles ont été les réactions des Américains à vos parfums, réputés pour être disruptifs ?
Étonnantes. La Boutique de New York montre assez bien la capacité d’adaptation culturelle. Je ne me travestis pas, il y a toujours les mushrooms, les bandes dessinées, le béton ciré, les panneaux, les miroirs. Je ne me travestis pas. Ni dans mon environnement, ni en inventant un parfum « New York ». Je crois à une universalité de la beauté, celle qui touche au plus profond de soi. Ils sont quand même quelque 380 millions d’Américains, chacun avec un regard différent sur le parfum. Si nous avons ouvert à New York, c’est qu’on sait qu’ils aiment nos parfums depuis des années, Bergdorf Goodman par exemple est un excellent partenaire. Même si les Américains ont une approche un peu différente du parfum, ils s’évadent avec Ganymède, Encelade, Tilia. L’émotion est universelle.
MARC ANTOINE BARROIS, 120 Wooster Street, N.Y.