The Fragrance Foundation France

Connaître et Comprendre

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Et pourquoi mon parfum…

Voici quelques unes des questions, parmi les centaines qui ont été posées à l’expert en parfumerie Michael Edwards depuis plus de 27 ans qu’il œuvre dans et pour la parfumerie mondiale (www.fragrancesoftheworld.com) et auxquelles il a apporté une réponse, la sienne. Et a permis à beaucoup d’avancer dans leur connaissance de cet univers. Merci à lui de partager avec la Fragrance Foundation France cette mine d’informations et de précisions.

 

Que signifie le mot « parfum » ?

Le mot « parfum » vient du latin per fumum, ce qui signifie « à travers la fumée ». Dans les temples romains de l’Antiquité, on plaçait sur des charbons ardents, à titre d’offrandes pour les dieux, des fleurs écrasées, des feuilles, des copeaux de bois, des épices et des résines aromatiques. Leurs effluves se dégageaient per fumum – « à travers la fumée ».

 

Quelle est la différence entre « perfume » et « fragrance » en anglais?

Pour la plupart des gens, les deux mots ont plus ou moins la même signification. Ils sont interchangeables. Les usages varient selon les pays : aux Etats-Unis, on utilise le plus souvent fragrance ; en Australie en revanche, perfume domine ; en Angleterre, on utilise scent ou fragrance. Et en France, parfum !

En parfumerie, on a tendance à désigner par le terme parfum la plus forte concentration d’une senteur, par opposition à, par exemple, eau de toilette ou eau de Cologne, moins concentrées. Les parfumeurs, quant à eux, désignent par le terme parfum leur propre création olfactive.

 

Combien d’ingrédients un parfum contient-il généralement ?

Cela dépend. Un parfum peut contenir 10, 50, 100 ou 500 différentes matières premières, mais ce n’est pas parce qu’un parfum contient 300 ingrédients qu’il est supérieur à un parfum en contenant 80. Ce qui importe réellement, c’est la manière dont les différents ingrédients sont associés pour produire un effet.

« Je n’aime pas les formules trop complexes », déclare le parfumeur Jean-Paul Guerlain. « Ce n’est pas le nombre d’ingrédients qui rend un parfum exceptionnel. Mitsouko, créé en 1919 par mon grand-père Jacques, repose sur une formule concise et simple, mais raffinée, et cela reste un très beau chypre. Nahema, que je considère comme l’une de mes plus belles créations, ne contient que 12 ingrédients.»

Pourquoi les parfums les plus raffinés sont-ils si chers ?

La principale raison est le prix des huiles essentielles les plus raffinées. Prenons par exemple l’huile de jasmin. Celle de qualité supérieure vient de Grasse et coûte près de deux fois plus cher que l’or, car il faut six à sept millions de fleurs de jasmin pour produire un seul kilo d’absolue de jasmin. Les fleurs doivent être cueillies à la main à l’aube, lorsque leur senteur est la plus intense. L’huile en est extraite grâce à la méthode ancienne de l’enfleurage, un processus long et coûteux par lequel les fragiles pétales sont placées manuellement sur des plateaux en verre enduits de graisse purifiée froide, qui absorbe lentement la précieuse huile.

L’absolue de tubéreuse est encore plus onéreuse. Quant à l’huile de rose, je vous laisse calculer son prix étant donné qu’un rosier ne fleurit que 25 jours par an en moyenne, de mi-mai à mi-juin, et qu’il faut environ 2 500 roses cueillies à la main pour produire un seul gramme d’essence de rose. Ajoutez à cela le temps qu’il faut pour lancer un nouveau parfum vraiment différent ! Sans oublier qu’il est impossible de produire en trop grande quantité pour réduire les coûts, puisque le parfum se gâterait trop vite…. Rien d’étonnant, donc, à ce que le produit final soit très cher.

Les essences de parfum naturelles sont-elles meilleures que les essences artificielles ?

Absolument pas. La parfumerie moderne est basée sur la synergie entre ingrédients naturels et substances fabriquées par l’homme. Tous deux sont aussi importants pour le parfumeur. D’un point de vue technique, un parfumeur fait la distinction entre essences naturelles, extraites des fleurs, bois, feuilles, épices et résines, essences semi-synthétiques, dérivées de produits naturels, et essences totalement synthétiques ou notes aromatiques, créées pour mettre en valeur les essences naturelles, pour les faire vibrer avec des notes quasiment inédites.

Les notes aromatiques synthétiques peuvent être considérées comme les notes du parfumeur puisqu’elles sont créées dans des laboratoires pour ajouter originalité, caractère et ténacité aux notes naturelles.

Coco Chanel a été la première créatrice à encourager les parfumeurs à donner un rôle majeur aux notes synthétiques : « Je voulais donner aux femmes un parfum artificiel, c’est-à-dire fabriqué », a-t-elle ainsi affirmé. « Je suis un artisan de la couture. Je ne veux pas de rose, de muguet. Je veux un parfum qui soit un composé. »

Le résultat : Chanel No 5, premier parfum floral aldéhydé, bouquet dominé par les notes pétillantes d’aldéhydes synthétiques étroitement mêlées au jasmin et à la rose de mai les plus chères de Grasse.

« Certaines essences naturelles sont très bon marché tandis que d’autres notes aromatiques chimiques coûtent très cher », soulignait le parfumeur Edmond Roudnitska. « L’utilisation de produits chimiques pour la composition des parfums haute couture ne répond donc pas à un souci d’économie. Si nous y avons recours, c’est tout simplement parce que nous ne voulons pas nous passer des glorieuses nuances d’une senteur au simple motif qu’elle n’existe pas dans la nature et que seule la chimie peut nous la fournir. Souvent, une senteur synthétique est bien plus majestueuse qu’une senteur naturelle. Pensez par exemple à une fleur : une fois qu’on l’a cueillie, elle ne sent bon qu’un jour ou deux, puis elle commence à dégager une odeur fétide. Les notes synthétiques nous permettent de parvenir à la même odeur, tout en laissant la plupart des fleurs à la nature.»

Que sont les « notes » d’un parfum ?

Les notes sont les différentes phases d’évolution des effluves d’un parfum lorsque vous le vaporisez sur votre peau. Chacune de ces phases, ou groupe de « notes », est assortie d’un degré de volatilité différent.

Les notes de tête donnent la première impression d’un parfum. Ce sont les notes les plus légères et volatiles, qui éclatent sur la peau lorsque vous vaporisez le parfum, ou encore la senteur fraîche qui se dégage lorsque l’on ouvre un flacon. Très volatiles, les notes de tête disparaissent en général après 10 à 15 minutes.

Notes de tête typiques : bergamote, huiles d’agrumes, aldéhydes

Lorsque les notes de tête disparaissent, ce sont les notes de cœur du parfum qui s’épanouissent sur votre peau, et durent en moyenne 3 à 4 heures. Ce sont des senteurs de volatilité moyenne, qui donnent personnalité et caractère à la composition et créent l’aura qui donne son thème dominant au parfum.

Notes de cœur typiques : rose, jasmin, tubéreuse et la plupart des fleurs

Ce thème est accentué et fixé par la note de fond, qui contient l’âme du parfum. Plus lourdes et moins volatiles, ces notes forment la base du parfum et lui donnent profondeur et ténacité. C’est grâce aux notes de fond que l’on se souvient du parfum ; en outre, elles l’aident à rester sur la peau.

Notes de fond typiques : musc, ambre, mousse de chêne, vanille, bois

Pourquoi est-ce que je ne sens plus le parfum que je porte après quelque temps ?

Plusieurs de nos sens saturent lorsqu’ils sont stimulés en permanence. L’odorat se déconnecte généralement après quelques minutes. Comme vous ne pouvez pas vous éloigner de votre parfum, vous vous y habituez. Vous pourriez penser qu’il a disparu, mais ses effluves sont encore perceptibles pour les autres.

Puis-je rafraîchir mon odorat si mon nez sature lorsque j’essaie des parfums ?

Oui. Essayez de renifler des grains de café ou l’intérieur de votre coude. Il semble que cela dégage le nez.

Un parfum peut-il changer mon humeur ?

Oui. L’une des caractéristiques les plus remarquables du parfum est sa capacité à influencer de manière quasi instantanée nos émotions. Des études ont montré que les parfums peuvent nous stimuler ou, au contraire, nous calmer, favoriser la bonne ou la mauvaise humeur, évoquer des souvenirs positifs ou négatifs et faire naître de doux rêves. L’aromathérapie, soit l’art de soigner avec des huiles essentielles aromatiques, repose sur le principe selon lequel l’arôme des huiles essentielles a le pouvoir d’influencer l’humeur.

Le parfum a longtemps été reconnu comme un outil puissant et subtil pour rééquilibrer le corps et l’esprit. Un proverbe chinois très ancien affirme qu’ « un parfum est toujours un médicament » . 

Ann Gottlieb, consultante en parfumerie qui a participé au développement des parfums Calvin Klein, déclare pour sa part que « la plupart des substances utilisées dans les produits aromatiques aux supposées vertus thérapeutiques reposent en fait davantage sur la tradition et le folklore que sur la science. Toutefois, des études de plus en plus nombreuses montrent que nous pouvons influencer l’humeur par les parfums. Bientôt, les parfums ne se contenteront plus de vous assurer une odeur agréable, mais ils auront également un réel effet psychologique. »

Des études montrent ainsi que l’odeur de la menthe poivrée ou du muguet augmentent la vigilance au travail. A Tokyo, une entreprise diffuse une légère odeur de menthe poivrée dans ses bureaux pour améliorer la productivité. Une autre société vaporise différents parfums par le biais du système de climatisation, dans le même but. Une bouffée d’agrumes aide à démarrer la journée sur un bon pied. Un parfum floral discret favorise la concentration en milieu de matinée et d’après-midi. Une touche de cèdre semble soulager la fatigue au déjeuner et en fin d’après-midi.

Etant donné que le système limbique contrôle à la fois l’odorat et les émotions, il est logique que certains parfums aient le pouvoir de stimuler ou de détendre les sens.

Où faut-il appliquer un parfum ?

« Là où vous souhaitez être embrassée », disait Coco Chanel … ou alors, là où la peau est plus chaude, car la chaleur aide à diffuser et à amplifier les arômes d’un parfum. Les « points de pulsation » (voir ci-dessous), réchauffés par la bonne circulation du sang, proche de la surface de la peau, sont des activateurs parfaits pour le parfum.

Vaporisez le parfum à 20 cm environ de votre peau. Le parfum tiendra plus longtemps s’il est vaporisé de manière homogène sur une zone large plutôt que généreusement sur une petite zone.

Faut-il se frotter les poignets l’un contre l’autre pour sécher le parfum ? Non – cela abîme les notes et émousse leur développement.

Les parfums suivent un mouvement ascendant – il faut donc les appliquer sur plusieurs points de pulsation, et pas juste la base de la gorge par exemple. Une vaporisation à l’arrière du genou est particulièrement efficace. Lorsque vous vous déplacez, la chaleur corporelle fait s’élever le parfum jusqu’à votre nez.

Où se trouvent mes points de pulsation ?

A l’intérieur des poignets, dans le coude, sur les tempes, sous le lobe de l’oreille (et non derrière), dans le creux du cou, bien chaud, à la base de la gorge, à l’arrière des genoux et partout où vous sentez le battement de votre cœur.

Si je mets du parfum le matin, tiendra-t-il toute la journée ?

Non. Une seule vaporisation le matin ne suffit pas pour toute la journée. Vous devrez probablement réappliquer du parfum trois ou quatre fois au cours de la journée. N’oubliez pas non plus que le parfum s’évapore plus rapidement en altitude ou par temps froid, mais qu’il dure plus longtemps lors des journées chaudes ou étouffantes.

Quant à la quantité de parfum à appliquer, elle dépend de votre peau. Certaines peaux retiennent mieux le parfum que d’autres. Faites des essais. Appliquez jusqu’a sept vaporisations à la fois : une de chaque côté du cou, à l’arrière des genoux, sur les poignets et une au milieu de la poitrine.

J’applique très libéralement mon parfum mais après une heure, personne ne le remarque plus. Pourquoi le parfum ne tient-il pas sur moi ?

Malheureusement, votre chimie corporelle est responsable d’une évaporation rapide du parfum sur votre peau. Les parfumeurs disent que votre peau « se débarrasse » du parfum.

Une eau de toilette supposée subsister entre 3 et 4 heures disparaît en une heure, voire moins. Pourquoi ? L’acidité de votre peau peut être en cause. Léchez votre poignet. A-t-il un goût fort, ressemblant à du jus de citron ? C’est un signe infaillible d’acidité. Or, plus votre peau est acide, plus elle aura tendance à rejeter le parfum.

Les médicaments aussi altèrent la chimie corporelle. Les régimes pauvres en graisse, la nourriture épicée et la restauration rapide affectent la température de votre corps et favorisent le rejet du parfum par la peau. Ajoutez à la liste les problèmes de peau sèche et la grossesse et vous verrez pourquoi tant de femmes se plaignent que leur parfum disparaisse trop vite.

Quelle est la solution ? Mettez une couche émolliente entre votre peau et le parfum. Vous en prolongerez ainsi sa tenue. Vous pouvez utiliser une crème ou un lait pour le corps de la même gamme que votre parfum et créer ainsi une base émolliente pour l’eau de toilette. Cette dernière ralentira l’évaporation et doublera la tenue de votre parfum.

Deuxième solution : pourquoi ne pas utiliser les huiles pour le bain de votre gamme favorite comme parfum ? Après le bain ou la douche, lorsque votre peau est sèche mais encore chaude, étalez l’huile pour le bain aromatisée sur vos points de pulsation. Terminez par une légère vaporisation de parfum.

Comment faire durer mon parfum plus longtemps, tout en évitant qu’il ne devienne envahissant ?

Le secret d’un parfum durable, c’est la superposition. Créez plusieurs couches de parfum en utilisant différentes formes du même parfum – un savon parfumé, une huile ou un gel pour le bain, une crème ou un lait pour le corps, une poudre pour le visage et une eau de toilette. Tous les éléments viennent se renforcer mutuellement et quadruplent la tenue de votre parfum favori. Cette superposition de parfums est aussi une manière judicieuse de porter un parfum trop dominant pour la journée.

Le climat affecte-t-il le parfum que nous portons ?

La chaleur estivale renforce l’impact d’une odeur. Plus il fait chaud, plus les

« notes » d’un parfum désertent la peau. Pour pallier cela, appliquez plus souvent un parfum plus léger. L’hiver atténue les senteurs. Par temps froid, les molécules du parfum s’élèvent moins rapidement et les notes de tête, de cœur et de fond se développent de manière plus progressive. C’est pourquoi vous pouvez porter un parfum plus puissant lorsqu’il fait froid.

Pourquoi un parfum sent merveilleusement bon sur une amie, mais n’a pas du tout le même effet chez moi ?

Parce que chacun d’entre nous a sa propre « empreinte olfactive », qui influence l’évolution d’un parfum. Cette identité olfactive est définie par nos gènes, notre chimie corporelle, notre régime alimentaire, la prise de médicaments, le niveau de stress et, probablement le facteur le plus important, la température de notre peau.

Dire que les parfums réagissent différemment sur chaque individu en fonction de sa « chimie corporelle » serait réducteur. La chaleur de notre peau joue un rôle critique. Certains individus ont davantage de pores au centimètre que d’autres, ou une peau comportant plus de couches de graisse. Ces facteurs, tout comme d’autres, influencent la température de la peau, qui à son tour a un effet sur les senteurs d’un parfum.

Nous naissons tous égaux… et le restons jusqu’à ce que nous vaporisions un parfum sur notre peau.

En savoir plus sur le site de Michael Edwards