David Benedek : « Il faut rester fidèle à une vision qui crée sa singularité »

En dix ans, BDK Parfums s’est imposée dans le paysage de la parfumerie indépendante en revendiquant une vision libre, créative et profondément personnelle du parfum. À l’occasion de cet anniversaire, son fondateur David Benedek revient sur les grandes étapes de cette aventure, ses succès, ses collaborations et les ambitions qui dessinent la prochaine décennie.

Propos recueillis par Virginie Rousset.

Comment l’aventure BDK Parfums a-t-elle démarré ?

David Benedek : J’avais l’envie de faire du parfum un véritable objet de création, avant même un objet de consommation. Pour moi, le parfum a quelque chose d’hédoniste. Sa fonction s’est anoblie : il ne s’agit plus uniquement de sentir bon, mais aussi de se redécouvrir à travers une émotion. Dès le début, je voulais travailler à la croisée des émotions et des matières premières. Ma vision reste aujourd’hui très ancrée dans la ville et la poésie. Passionné de mode, j’aime beaucoup le terme de « studio ». Il évoque pour moi le collaboratif, la liberté créative, l’énergie que l’on retrouve dans un studio de création. Je voulais retranscrire cet esprit chez BDK Parfums : une maison, mais aussi un espace de création et de rencontres.

Gris charnel, lancé en 2019, premier succès de la marque, très vite devenu viral sur les réseaux sociaux. ©BDK Parfums.

Quelles sont les grandes dates à retenir dans l’histoire de BDK Parfums ?

David Benedek : La première, évidemment, est le 23 juin 2016, jour du lancement de BDK Parfums. Puis décembre 2019, avec la sortie de Gris Charnel. Le succès m’a dépassé car le parfum est vite devenu viral sur les réseaux sociaux. C’est un moment très important dans l’histoire de la maison, qui m’a aussi montré que la meilleure publicité reste le bouche-à-oreille. Juin 2022, puisqu’on a gagné le Fragrance Foundation France Awards avec Velvet Tonka composé par Alexandra Carlin et mai 2023 le Fragrance Foundation US avec Gris Charnel Extrait pour le prix du meilleur parfum extraordinaire. Enfin, le 23 janvier 2024, nous avons ouvert notre boutique à Paris. C’était une étape essentielle pour pouvoir proposer une véritable expérience BDK Parfums. Et bien sûr, le 23 juin 2026 et le 9 septembre dernier avec le partenariat autour de l’Arc de Triomphe, deux grands moments pour célébrer nos dix ans.

Juin 2022 : David Benedek et la parfumeuse Alexandra Carlin fêtent l’Award reçu pour Velvet Tonka, fruit de leur première collaboration. Depuis, Alexandra en a imaginé plusieurs comme Vanille Caviar (2025) et Velvet Tonka Extrait lancé cette année 2026. ©BDK Parfums.

Quels sont les parfums les plus emblématiques de la maison ?

David Benedek : Bouquet de Hongrie occupe une place très particulière pour moi car je souhaitais rendre hommage à ma grand-mère et à un souvenir très précis : l’odeur des fleurs qui renaissent au printemps sur la terrasse. Gris Charnel est évidemment devenu une signature très forte de la maison. Je n’avais pas imaginé qu’il connaîtrait un tel succès, notamment sur les réseaux sociaux. Impadia est également une très belle surprise, c’est une belle rose, avec un nom que j’ai inventé mais je n’imaginais pas qu’il marcherait dans de telles proportions. Derrière tous ces parfums, il y a surtout une aventure collective et toute une équipe : le capot, le flacon, les parfumeurs… Toute ma gratitude et ma reconnaissance vont à toutes ces personnes. C’est un succès commun. Je suis très fier et très reconnaissant. Ce n’est jamais moi tout seul.

La maison s’est ouverte au lifestyle, notamment avec la lessive. Quelle est la volonté derrière cette diversification ?

David Benedek : J’aime l’idée de pouvoir transformer des objets du quotidien grâce au parfum. J’aimerais d’ailleurs développer davantage la lessive et je réfléchis à d’autres objets du quotidien à détourner. L’idée n’est pas simplement d’aller vers de nouvelles catégories, mais de continuer à faire vivre l’expérience olfactive de BDK Parfums dans différents moments de la vie.

La lessive parfumée de BDK Parfums : « j’aime l’idée de pouvoir transformer des objets du quotidien grâce au parfum » explique David Benedek. ©BDK Parfums.

Vous célébrez cette année les dix ans de BDK Parfums. Quels sont les temps forts de cet anniversaire ?

David Benedek : Pour les dix ans, nous avons notamment travaillé sur l’identité olfactive de l’Arc de Triomphe à l’occasion de l’exposition « La Tempête » de Jeremy Pradier Jeauneau pour la Paris Design Week. 2026. C’est une expérience qui me tient particulièrement à cœur et je suis très honoré et heureux d’avoir pu travailler avec Dominique Ropion. Nous avons imaginé quatre espaces autour de l’idée de « tempête ». Nous travaillons le parfum presque comme une matière, comme des blocs que l’on pourrait modeler et superposer entre eux. Le vernissage a eu lieu le 9 septembre dernier, et l’installation reste jusqu’au 14 octobre.

La collection Studio pour célébrer les dix ans de la maison : trois absolus imaginés par Jordì Fernandez. ©BDK Parfums.

Quel regard portez-vous sur ces dix premières années ?

David Benedek : C’est passé très vite et, en même temps, cette aventure a été d’une incroyable richesse, tant par l’exigence que par la créativité qu’elle m’a demandée. BDK Parfums m’a énormément apporté sur le plan personnel. C’est une aventure extraordinaire, faite de créativité, de voyages et de découvertes. Je savais que ma maison pourrait m’apporter beaucoup, mais je n’imaginais pas à quel point. Ces années ont été extrêmement riches, avec beaucoup de joie et de belles découvertes.

2018 : sortie de Rouge Smoking créé avec la parfumeuse Amélie Bourgeois. ©BDK Parfums.

La parfumerie de niche a profondément bouleversé le marché. Comment continuer à se démarquer dans un univers toujours plus concurrentiel ?

David Benedek : Aujourd’hui, les clients ont énormément de choix. Ils peuvent découvrir de très nombreuses maisons et de multiples parfums. Il faut rester droit dans ses bottes et rester fidèle à une vision qui crée sa singularité. Chez BDK Parfums, nous voulons proposer une créativité libératrice, notamment à travers l’olfaction. Nous travaillons beaucoup sur la synesthésie, sur cette capacité du parfum à faire appel aux différents sens et à provoquer quelque chose chez celui qui le porte. C’est cette relation émotionnelle avec le parfum qui est importante pour moi.

Vous allez également retrouver certains parfumeurs avec lesquels vous avez déjà collaboré ?
David Benedek
 : Oui, notamment Jordì Fernandez, Alexandra Carlin et Dominique Ropion. Il est important pour moi de conserver le même niveau de respect et d’exigence dans ces collaborations.

BDK Parfums a également développé plusieurs territoires créatifs. Quels sont-ils aujourd’hui ?

David Benedek : Nous avons quatre grands piliers, comme la Collection Parisienne, la Collection Azur, la Collection Matières et la nouvelle Collection Studio dévoilée cette année en juin pour célébrer les 10 ans de la maison. Chacun possède son propre univers, mais il est essentiel pour moi de mettre du sens derrière chaque collection. Chaque nouvelle direction doit avoir une vraie raison d’être et prolonger la vision de la maison.

La collection parisienne de BDK Parfums, l’un des quatre piliers de la marque. ©BDK Parfums.

Quels sont les grands projets à venir ?

David Benedek : Nous en avons plusieurs, notamment à l’international. Une ouverture de boutique à Dubaï est envisagée pour 2027, et nous souhaitons également poursuivre notre développement en Asie et aux États-Unis. Notre ambition est d’arriver à une dizaine de boutiques à l’horizon 2030. Pour moi, il est très important d’avoir ses propres flagships afin de pouvoir faire vivre pleinement l’expérience de la maison. Côté création, Velvet Tonka Extrait aura un lancement mondial en octobre 2026, et d’autres lancements sont prévus pour 2027.

L’ouverture à l’international ne risque-t-elle pas de faire perdre à BDK Parfums son identité ?

David Benedek : C’est justement pour cela qu’il faut rester fidèle à sa vision. Le développement ne doit pas nous éloigner de ce que nous sommes. Il faut continuer à mettre du sens dans ce que nous faisons. Je n’ai pas envie d’aller vers de nouveaux territoires uniquement parce qu’ils existent ou parce qu’ils sont porteurs.

2024 : sortie de 312 Saint-Honoré composé par la parfumeuse Alexandra Carlin. ©BDK Parfums.

Enfin, quelle place la question environnementale occupe-t-elle aujourd’hui dans votre réflexion ?

David Benedek : C’est un sujet très important. Tous nos packs sont en carton naturel et recyclable. Le pack extérieur est 100 % recyclable et issu de forêts gérées. C’est le rôle de toutes les maisons de réfléchir à leur impact. Il faut faire attention à la planète. Au-delà du packaging, il faut aussi réfléchir aux matières premières, notamment aux matières de synthèse, et avoir une réflexion globale et commune sur la manière dont la parfumerie peut augmenter sa contribution au développement durable.

Que souhaitez-vous retenir de ces dix ans ?

David Benedek : Je suis surtout très reconnaissant. J’ai appris qu’autour d’un parfum, il y a énormément de personnes et de savoir-faire. Toute cette chaîne participe à la création. Le succès est toujours un succès commun. Et après dix ans, je suis surtout très fier de cette aventure et très heureux de continuer à l’écrire.

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