Santal : la note boisée 100% désirable

Longtemps associé aux grands classiques orientaux, le bois de santal inspire une nouvelle génération de parfums seconde peau.
Une renaissance douce et veloutée qui séduit autant la niche que la parfumerie sélective.

Par Virginie Rousset.

Le santal, un bois sacré en Inde qui possède l’une des plus belles qualités pour la parfumerie, mais tellement utilisé qu’on développe d’autres filières en Australie ou en Nouvelle-Calédonie, où Chanel possède désormais sa filière. ©Chanel

Crémeux, lacté, velouté, presque tactile… Peu d’ingrédients possèdent une signature aussi immédiatement reconnaissable que le bois de santal. Matière sacrée depuis des millénaires, il traverse aujourd’hui la parfumerie contemporaine avec une modernité intacte. Longtemps associé aux grands orientaux opulents, il inspire désormais des créations plus texturées, intimistes et enveloppantes, au point d’être devenu l’une des matières les plus désirées de la palette du parfumeur. Des temples indiens aux sillages minimalistes des fragrances « skin scents », le santal ne cesse de se réinventer. Et dans une époque où les consommateurs recherchent davantage de réconfort, de douceur et de sophistication silencieuse, ce bois à la sensualité diffuse semble plus que jamais en phase avec son temps.

Un bois sacré à l’aura universelle

Le santal accompagne les civilisations asiatiques depuis plus de 4 000 ans. En Inde, le Santalum album (blanc) occupe une place centrale dans les rituels religieux, les cérémonies spirituelles et la médecine ayurvédique. Son bois est brûlé dans les temples, réduit en pâte pour les rites sacrés ou sculpté en objets précieux. « Le bois de santal a toujours eu une grosse symbolique localement. En Inde, c’est un arbre sacré, profondément lié aux coutumes religieuses et culturelles », rappelle Suzy Le Helley, parfumeuse chez Symrise. Cette dimension mystique a très tôt nourri son imaginaire olfactif. Doux, méditatif, presque hypnotique, le santal séduit rapidement les parfumeurs occidentaux grâce à sa profondeur et à sa capacité exceptionnelle à fixer les compositions. Dans la seconde moitié du XXe siècle, il devient l’un des piliers de la parfumerie de prestige. Impossible d’évoquer le santal sans penser à Samsara de Guerlain, véritable manifeste du santal indien, ou encore à Bois des Îles de Chanel, où le bois de Nouvelle-Calédonie (Chanel y possède désormais sa filière et a remporté le 18 juin dernier, lors des Fragrance Foundation Annual Revelations, le Prix de l’Exception pour son exposition autour du Santal dans le cadre de Jardins, Jardin) se mêle aux accents épicés et sensuels de l’ylang-ylang et de la fève tonka. Plus tard, Tam Dao de Diptyque imposera une vision plus méditative et boisée, tandis que Santal 33 de Le Labo deviendra un véritable phénomène culturel mondial, largement copié mais jamais égalé. « Le santal possède cette capacité unique à traverser les styles, les époques et les genres. Il peut être spirituel, sensuel, minimaliste ou extrêmement sophistiqué. » souligne Sylvain Eyraud. Sans oublier Santal Noble de Maître Parfumeur et Gantier, sorti en 1988 avec un santal indien, crémeux et élégant.

Une matière rare et précieuse

Si le santal fascine autant, c’est aussi parce qu’il est rare. Il faut attendre entre quinze et trente ans avant qu’un arbre puisse être exploité. Seule la partie centrale du tronc ainsi que les racines contiennent l’huile essentielle la plus qualitative. Après l’abattage, le bois est réduit en poudre puis distillé à la vapeur d’eau. Traditionnellement, l’Inde fournissait le santal le plus recherché en parfumerie. Mais la surexploitation et le braconnage ont progressivement fragilisé les ressources naturelles. « Au cours du XXe siècle, le bois de santal a été énormément exploité. L’Inde a ensuite voulu protéger l’espèce, ce qui a poussé les maisons de composition à se tourner vers l’Australie », explique Suzy Le Helley. Aujourd’hui, les plantations australiennes de Santalum album et de Santalum spicatum permettent de répondre à une demande mondiale croissante tout en assurant une meilleure traçabilité. Les différentes origines offrent d’ailleurs des profils olfactifs distincts : l’Indien reste le plus crémeux et lacté, l’Australien développe des facettes plus animales et sèches, tandis que le santal de Nouvelle-Calédonie se distingue par son caractère enveloppant. L’innovation touche également les procédés d’extraction. Certaines maisons valorisent désormais les résidus post-distillation afin d’en extraire de nouvelles qualités olfactives. Suzy Le Helley cite notamment le Santal Drys développé par Symrise, obtenu à partir de sciure encore odorante après distillation : « On découvre des facettes plus toastées, grillées, presque café ».

Le grand retour du santal contemporain

Après les grandes heures des orientaux puissants, le santal connaît aujourd’hui une renaissance spectaculaire. Mais son expression a changé. Là où il incarnait autrefois l’opulence, il devient désormais plus aérien, musqué, presque cotonneux. Cette évolution répond à une nouvelle attente des consommateurs. « Le bois de santal apporte de la douceur, de la rondeur, une sensation de seconde peau. C’est un parfum caresse, très texturé, très velouté », analyse Suzy Le Helley. Dans un marché saturé de fragrances démonstratives, le santal s’impose ainsi comme l’incarnation d’un luxe plus intime. Les créations récentes multiplient les interprétations contemporaines : Santal Austral de Matière Première travaille la texture lactée du bois australien autour d’un accord lait d’amande ; Santal Calling d’Ex Nihilo explore un registre musqué ultra seconde peau ; 724 de Maison Francis Kurkdjian apporte une douceur cotonneuse et urbaine grâce à un santal blanc lumineux ; tandis que Lady Blanche de Penhaligon’s mise sur un santal associé à des notes vertes et florales. Les molécules de synthèse participent également à cette nouvelle écriture olfactive. Javanol, Ebanol, Sandalore ou Bacdanol permettent d’accentuer certaines facettes du santal naturel tout en limitant la pression sur les ressources. « Le défi aujourd’hui n’est plus seulement de préserver le santal, mais aussi de réinventer son expression olfactive », rappelle Sylvain Eyraud.

Une émotion durable

Au-delà de sa richesse olfactive, le santal évoque quelque chose de profondément émotionnel. Il rassure, apaise, enveloppe. Il possède cette manière unique d’habiller la peau sans jamais l’écraser. « C’est aussi un formidable outil pour adoucir tout ce qui peut paraître dur ou rêche dans une composition », souligne Suzy Le Helley. « Même des notes très puissantes comme l’oud deviennent plus douces grâce au santal. » Sacré hier, ultra contemporain aujourd’hui, le bois de santal continue ainsi de fasciner la parfumerie mondiale. Et malgré les défis environnementaux qui entourent sa culture, son avenir semble solidement ancré dans les tendances olfactives actuelles. Car certaines matières premières ne suivent pas les modes : elles traversent le temps avec élégance. Parmi les bois de santal les plus récents, Ambre Royal d’Atkinson, Stellar Silk de BDP Paris (pour la collection des dix ans), For Him Musk Santal de Narciso Rodriguez, Ambre Latte d’Essential Parfums, Vanilla Skin de Phlur qui arrive en France ou encore Santal&Vanilla, le nouveau parfum de Coty.

Lors des Fragrance Foundation France Annual Revelations, Chanel s’est particulièrement distingué avec son santal avec le Prix du Public Masculin pour Bleu l’Exclusif et le Prix de l’Exception pour son exposition Santal dans le cadre de Jardins, Jardin. ©Chanel
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