Par Lionel Paillès
Vendredi 25 septembre, l’Hôtel Le Marois, avenue Franklin-Roosevelt (Paris-8e), respirait le parfum des grands soirs. Derrière sa façade, les huit salons Napoléon III, reliés par un grand escalier, accueillaient près de six cents invités. Boiseries richement travaillées, décors sculptés, guirlandes de fleurs, draperies et mascarons composaient un décor presque théâtral. D’un bout à l’autre de l’hôtel particulier, les conversations se croisaient, les coupes de champagne circulaient, tandis que les flacons de Marc-Antoine Barrois passaient de main en main. Certains, posés sur des tables ou des consoles, semblaient presque agrandis par le décor : objets à contempler autant qu’à sentir, comme de petites sculptures monumentales dans les salons. Dans les couloirs, les effluves se répondaient : cuir, bois, épices, notes ambrées. Autour des précieux flacons, les amis de la maison étaient nombreux, devenus au fil des années de véritables ambassadeurs de ses créations, rejoints ce soir-là par quelques personnalités choisies, familières de son univers. Dix années de création semblaient soudain avoir trouvé un écrin où se rassembler.


Quelques heures plus tôt, à 17 heures, près de quatre-vingts journalistes
français et internationaux s’étaient retrouvés pour remonter le fil de cette
décennie. Marie-Laure Dubuisson, Directrice générale, menait les échanges, interrogeant Marc-Antoine Barrois et ses proches sur le chemin parcouru depuis la création de la maison de couture, en 2009, et sur ce glissement presque naturel de l’étoffe vers cette matière sans matière qu’est le parfum. Étaient réunis pour éclairer cette aventure : Bernardo Cauvin et Sophie Cauchi de chez
Givaudan, à l’initiative du projet il y a bientôt douze ans, Quentin Barrois,
directeur commercial, Antoine Bouillot, architecte et directeur artistique
adjoint, ainsi que plusieurs proches collaborateurs. Puis un film est venu prolonger la rencontre. Face à face, Marc-Antoine Barrois et Quentin Bisch y revenaient sur dix années de création commune : les premières intuitions, les tâtonnements, les idées qui s’affinent au fil des essais jusqu’à devenir des parfums. Leur échange racontait surtout une complicité créative construite au fil des années, où chacun apporte son regard, son langage, son instinct. Une écriture à quatre mains, devenue l’une des signatures de Marc-Antoine Barrois.
Tout a commencé en 2015, avec leur rencontre. Un an plus tard naissait B683, leur première création. Puis Ganymède, en 2019, imposait son cuir minéral, devenu depuis l’un des accords emblématiques de la marque. D’autres fragrances sont venues prolonger le dialogue, sans jamais rompre avec cette manière de créer : partir d’une matière, d’une sensation, parfois d’un souvenir, et attendre que la formule trouve son évidence.

Dix années tenaient aussi dans quelques objets. La boîte remise aux journalistes après la conférence, imaginée par Marc-Antoine Barrois comme une petite archéologie personnelle, en rassemblait les traces les plus intimes. Une photographie des travaux de la boutique de la galerie Véro-Dodat, des portraits d’amis, des images de vacances de son enfance dans le Finistère, une lettre calligraphiée adressée à ses premiers distributeurs. Et, parmi eux, un caillou ramassé à Belle-Île-en-Mer, où le créateur vit aujourd’hui. Un fragment de paysage, presque dérisoire, mais peut-être le plus personnel de tous.
Que peut-on conserver d’une décennie de création ? Des images, des visages, quelques mots, des lieux. Et parfois un simple caillou. Des choses sans valeur marchande, mais qui portent avec elles la trace d’un moment, d’une rencontre, d’un paysage. Comme si, derrière les flacons et les chiffres, Marc-Antoine Barrois cherchait à retenir ce qui échappe à la fabrication : la mémoire.
C’est peut-être là que se rejoignent la couture et la parfumerie. Dans les deux cas, il s’agit de faire naître quelque chose qui accompagne le corps et finit par lui appartenir. Le cuir, matière familière de l’univers Barrois, en est le trait d’union. Et, de la galerie Véro-Dodat à Belle-Île-en-Mer, le parcours s’est dessiné au fil des lieux, des rencontres et d’une certaine idée du temps long.
Lorsque la conférence s’est achevée vers 19 heures, les salons se sont peu à peu remplis. La musique et les conversations accompagnaient le passage d’une pièce à l’autre, tandis que les flacons continuaient de circuler entre les invités. On les saisissait, on les approchait du nez, on les faisait passer à son voisin. Le cuir, le bois, les épices et les notes ambrées semblaient quitter les flacons pour se mêler aux boiseries, aux étoffes et aux lumières de l’hôtel. Une décennie de parfums se trouvait ainsi réunie, non plus dans une chronologie, mais dans un même espace, parmi ceux qui l’avaient créée, portée ou simplement aimée.


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